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 Journal intime de Lena Vallendra.

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MessageSujet: Journal intime de Lena Vallendra.   Sam 20 Fév - 19:19

Journal Intime
Appartient à : Lena Osenvall Vallendra


Avis au lecteur : seuls les passages intéressants et permettant la compréhension du journal de Lena ont été gardés.

PREMIERE PARTIE
Jour 1 : Treizième anniversaire
Enfin !
Cela faisait déjà quelques années que j'attendais qu'on me l'offre... Un carnet ! Maman refusait de m'en donner. « Tu es trop jeune, disait-elle à chaque fois que je le lui demandais, tu ne saurais pas quoi écrire. » C'est sûr que si elle s'attend à ce que j'écrive les âneries insipides que peuvent confier les filles du quartier à leur propre journal, je comprends qu'elle n'en ait pas très envie. « Maman, je n'écrirais que ce qui vaut la peine d'être écrit, tu le sais bien... Tu ne me fais pas confiance, peut-être ? » Elle se mordait la lèvre, comme chaque fois lorsqu'elle est embarrassée. Eh oui, maman, ce journal tu ne le liras pas. Heureusement, Lyson a réussi à intercéder auprès d'elle en ma faveur. D'où ce merveilleux cadeau inattendu pour mes treize ans. Oui, je sais, je suis déjà vieille...
Je crois que je commence mal... Non ? Ma maman, je l'aime beaucoup ! C'est ma meilleure amie... en même temps, je n'ai pas de copines. Elles ne veulent pas de moi. « Une apprentie potière ! » : s'exclamaient-elles avec dégoût avant de se détourner. Désolée, tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents riches ! Je hais ces bourgeoises, mais elles ne valent rien... enfin, c'est ce que Renald dit. Ouh la, je brûle les étapes moi ! Revenons sur les filles. Elles portent de belles robes de soie, pleines de dentelles, de bijoux et de châles. Parfois je suis un peu jalouse, d'accord... n'empêche que ce n'est pas pratique, tout cet attirail ! Comment courir dans la rue, quand on porte une jupe ? Moi je préfère mes pantalons... Ça fait un peu garçon manqué, mais au moins je suis libre. Ces filles, elles sont stupides, na. Après, il y a les autres, celles qui sont moins riches. Elles me ressemblent plus. Je les aime bien, mais elles refusent de me parler à cause de Renald...
Encore ce Renald ? Bon, je me décide, j'en parle. Renald n'est rien d'autre que le fils d'un marchand assez aisé (faut comprendre très, mais Renald s'en défend toujours). C'est le plus beau, le plus séduisant, le plus intelligent, bref le meilleur, de tous les garçons de la ville, et je l'aime de tout mon cœur. Quel mal y a-t-il à l'aimer ? Le problème, c'est que je sors avec lui... Et ça, les filles ne veulent pas me le pardonner. Pour me consoler, Renald dit que je suis unique, avec mes yeux et mes cheveux de feu. Je n'ai jamais osé lui dire que je préfère quand il fait froid mais, il n'a pas besoin de le savoir, non ?
Après, j'ai un autre ami. Celui que je considère comme mon meilleur ami, vu que Renald je l'aime. Lyson est aussi mon cousin, mais nous avons tendance à l'oublier. Il travaille comme apprenti chez mes parents, et il est bien plus doué que moi... c'est peut-être pour ça que je suis censée m'occuper de leurs papiers ennuyeux ? Avec lui, on fait les quatre cent coups. C'est mon confident, mon frère. Il apprécie Renald, heureusement, du coup j'adore quand nous sommes réunis tous les trois. Il n'est pas jaloux de le voir embrasser sa cousine ; son cœur bat pour une voisine (il n'a pas encore voulu me dire qui, mais il le fera, je le connais !), donc pas de problèmes... enfin, je crois.

Aujourd'hui donc, je fête mes treize ans. Pour moi c'est un grand moment dans ma vie. D'abord, à cause de ce carnet. Mais aussi parce que mes parents m'ont jugée suffisamment grande pour FÊTER cet évènement ! Je suis troooop contente, on a eu le droit à un dîner spécial. Mon papa a préparé de la viande aux deux repas, cela n'arrive jamais pourtant, sauf lors des grandes occasions ! Je me suis sentie toute fière. Et mon bonheur était total quand c'est maman qui m'a présenté mon cadeau. « Je suis sûre qu'il te plaira » : a-t-elle affirmé, et j'ai été surprise (mais heureuse !) quand j'ai découvert ce magnifique rectangle. « Maman, me suis-je exclamée, c'est super ! Merci beaucoup ! » Je l'ai embrassée, comme ça, et papa aussi. Ils ont été étonné, mais bon, ils ne m'ont pas grondé. « Attention à ce que tu écriras ! » : m'a menacée maman, mais je sais bien qu'elle ne lira jamais ce que j'écris. De toute façon, rien n'était frivole dans ce pavé, je me suis présentée.
Pour les curieux, maman est une superbe femme de trente-neuf ans, aux mêmes cheveux roux que moi. Elle est trop belle ! je voudrais lui ressembler quand j'aurais son âge... mais j'ai déjà treize ans, donc ça viendra vite. Et papa est un peu plus vieux, il a quarante-et-un ans, mais lui aussi est très beau ! Lyson prétend que c'est juste parce que ce sont mes parents, qu'en fait ils sont marqués par le labeur, pas autant que des paysans, mais quand même. Que je ne vois pas les rides de maman, que je ne remarque pas ses douleurs au dos, que je ne vois pas les cheveux gris de papa... Ma foi, il doit inventer ces trucs, car j'ai beau bien les observer, je les trouve toujours aussi beaux !
Jour 704 : Levée des taxes
Cela fait quelques jours que je n'ai plus pris le temps d'écrire... J'en suis désolée. Mais il y a eu quelques problèmes dans l'atelier. Papa est alité depuis presque un mois, mais il devrait bientôt pouvoir reprendre ses activités. Je crains, que les nouvelles que l'on a à lui donner ne soient guère réjouissantes.
La taxe sur les potiers vient de monter. Ce n'est pas la première fois, cela dit, que cela arrive. Mais l'augmentation est significative. Cette fois, nous ne pourrons pas nous en acquitter. Je suis très inquiète, surtout que je gère les comptes. Maman a pâli, mais m'a assurée qu'on pourrait payer au moins pour le mois prochain. Je connais notre réserve : il y a du vrai dans ce qu'elle dit. Ce mois-ci, nous sommes sauvés. Mais ensuite ? Maman parle de renvoyer Lyson à la campagne. J'espère que cela ne se fera pas...
Et papa, toujours convalescent... Supportera-t-il la nouvelle ? Il a juste pris froid, mais nous n'avons pas pu le faire soigner, et cela s'est aggravé. Heureusement, il devrait s'en sortir. Mais le choc pourrait-il le faire retourner au lit ?
Jour 719 : Départ de Lyson
C'est la fin, c'est la fin. Je vais mourir, c'est cela ? C'est une punition divine ? C'est impossible, impensable, incroyable, indéfinissable... c'est l'HORREUR !
Pensez donc : la taxe a augmenté encore, et nous ne pouvons pas la payer. Mes parents sont donc obligés de fermer boutique... Et Lyson nous a quittés, Renald et moi... Comment pourrais-je vivre sans lui ? Sans mon épaule, sans mon confident, sans le tiers de mon âme ? Tout cela doit être un horrible cauchemar, et je vais me réveiller.
J'ai beau me pincer pour sortir du rêve, je suis toujours là.
Lyson a appris la nouvelle il y a trois heures. Ses parents étaient venus le chercher. Il était blême quand maman lui dit de faire ses bagages, mais il ne protesta pas. Il évita mon regard pendant toute la conversation. Quand maman fut repartie pour s'occuper de mon oncle et de ma tante, il se tourna vers moi.
« Lena, commença Lyson, annonce la nouvelle à Renald et dis-lui de venir dès que possible.
- Tu ne vas pas partir, ai-je rétorqué doucement.
- Tu crois peut-être que j'ai le choix ? répondit-il avec découragement. Ecoute, je préfère qu'il soit là quand je m'en irais. Va le prévenir. »
J'acquiesçai, ne pouvant rien faire d'autre, et j'ai été trouvé mon amour. La détresse sur son visage était si belle, sauf que j'étais aussi effondrée que lui. Nous sommes retournés près de Lyson, qui a été heureux de nous voir. Je me rappelle encore de son départ. Un dernier regard pour Renald et pour moi, un mot doux pour chacun. Le mien fut :
« Bonne chance, cousine. Car j'en ai plus que toi, je m'éloigne de cet enfer. »
Et il partit, comme cela. Sans regarder en arrière. Je n'ai pas pleuré, non, mais j'ai senti que...
Je suis détruite désormais.

Ce fut d'ailleurs la dernière fois que Lena écrivit dans son journal. Par la suite, elle se trouva trop occupée ; et surtout, elle se sentait intérieurement brisée.
L'épopée de son adolescence s'arrête donc là.

Mais elle reprendra un jour la plume pour continuer son carnet...
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MessageSujet: Re: Journal intime de Lena Vallendra.   Dim 21 Fév - 18:47

DEUXIÈME PARTIE

Quelques pages blanches ont été laissées dans le carnet. Puis, tout à coup, on retrouve de nouveau l'écriture de Lena. Elle est devenue plus petite, plus pointue, et moins linéaire. Elle commence une nouvelle partie de sa vie.


Introduction
Je viens de redécouvrir mon carnet d'adolescente, après des années sans y avoir écrit. Je ne comprends toujours pas pourquoi je suis en train de rédiger ces mots, ni pourquoi je ressens le besoin de m'expliquer. Quand je lis ce que j'ai écrit, je me trouve... pathétique. Oui, c'est bien le mot : mes écrits me font pitié. Quelle étroitesse d'esprit peut avoir une gamine de treize à seize ans ! Renouer avec mon ancien moi est plus une blessure qu'autre chose. Et pour la guérir, je me sens obligée de continuer ce journal...
A quoi bon, puisque personne ne le lira ? Comme je l'ai si bien signalé le jour 1 (jamais je n'ai écrit autant... comme quoi la vie d'une apprentie potière est insipide), "maman" ne le lira jamais. Mais "maman" est morte de toute façon.
De mes nouvelles, oui. Ma mère est décédée en se tuant à la tâche, quelques jours avant mon seizième anniversaire ; mon père n'a pas tardé à la rejoindre dans le sommeil éternel. Lyson a disparu dans la ferme de ses parents et je n'ai plus jamais entendu parler de lui. Et j'avais le culot de penser que la vie était belle ! Le pire, ce fut avec Renald. J'en ai si souvent parlé qu'il est nécessaire que je m'explique. Oui, je l'ai quitté, et oui, je l'aime encore malgré que nous ne soyons plus ensemble depuis près de... déjà deux ans ? Je n'ai jamais cessé de l'aimer, en fait. Mais lui... lui m'aimait encore quand je suis partie. Pourquoi donc l'ai-je quitté ? C'est une de mes blessures qui ne s'est pas encore refermée. Et je l'aime encore...
Quand mes parents sont morts, mon patron m'a mise à la porte. Il refusait de me garder car je n'avais pas le moindre talent pour la poterie ; de plus, maintenant que j'étais orpheline, il n'avait pas de remords à me séparer de ma famille vu que j'étais seule. J'ai préféré garder la tête haute et quitter de mon plein gré l'atelier ; la vérité, c'est que je n'avais pas le choix. Mais je me retrouvais sans emploi... et pire, à la rue !
J'ai demandé l'aide de Renald. « Je voudrais bien t'héberger chez moi, Lena, a-t-il assuré, mais mon père a des invités pour la semaine, de très importants clients, et il n'y a plus un lit de libre. » « Mais je peux même dormir sur le sol, ai-je protesté. Tout plutôt que rester dehors. » J'aurais dû voir la supercherie à ce moment-là ; j'aurais dû comprendre ! « Je préfère que tu dormes dans de vrais draps, a hypocritement rétorqué mon amour. Tiens, prend cet argent, et achète-toi une chambre dans une auberge pour la semaine. » Oh, Renald, la vérité, c'est que tu avais honte ! honte de moi ...
Les larmes coulent lorsque je revois son air satisfait lorsque j'ai accepté ses misérables pièces...
Chaque semaine, il trouvait une nouvelle excuse. « Je dois m'absenter, et mon père ne veut pas que je donne l'appartement à quelqu'un quand il n'est pas là. » « Ma sœur a invité une amie, mon père ne veut pas une deuxième invitée. » « Je suis désolé, les draps ont été confié à la lavandière, attends encore un peu... » Au départ, je le croyais ! Il me payait ma chambre et mon repas, mais le reste, je devais me débrouiller. Je ne le voyais jamais, et quand je venais lui rendre visite, il n'était jamais l*gros trou dans le papier, sans doute à cause de la colère* ! J'errais dans la ville comme une âme en peine, sans savoir ce que je faisais. C'est à ce moment, je crois, que ma peau a gagné le teint pâle qui ne m'a plus jamais quitté. Adieu, Lena du feu.
Un jour, j'ai compris. J'ai été folle de rage. J'ai cru que j'allais mourir, que j'allais rejoindre mes parents. J'en ai souffert. Il avait honte que sa petite amie soit une pauvre mendiante sans le sou... même plus une apprentie potière ! Son père n'aurait jamais accepté de le marier à moi. Il ne devait même pas être au courant, sinon il n'aurait pas autorisé notre relation. Renald, quel salaud tu fais ! J'ai envie de te haïr pour ta lâcheté, je t'aime pourtant parce que je n'ai jamais repris mon cœur emprisonné entre tes griffes...
J'ai accepté une dernière fois son argent. Très peu, forcément, à peine de quoi se payer sept jours dans une auberge miteuse. Je n'irais pas loin ainsi. Mais je devais partir.
J'ai trouvé une caravane de marchands qui était prête à partir. Elle recherchait juste quelques mercenaires. J'ignore pourquoi, je leur ai dit que j'étais prête à les payer, eux, pour qu'ils m'emmènent... Ils ont bien ri, mais ils étaient sympathiques. Et ils m'ont emmenée gratuitement, comprenant que je n'étais pas une simple mendiante. En quittant ma ville natale, j'ai eu la satisfaction de me rappeler que je n'avais pas dit adieu à mon amour. Il ne saurait jamais que j'étais partie. Et, en me tournant vers le château du maître des lieux, je me suis fait une promesse.
Me venger de la noblesse... et de la royauté avec, s'il le fallait. Car eux, plus que Renald, était responsable de ce gâchis.
Durant le voyage, j'ai sympathisé avec les mercenaires. Il y en avait une, qui s'appelait Hildegarde. Elle est rapidement devenue une amie pour moi. C'est elle qui m'a initiée au métier de mercenaire. Quand la caravane est arrivée à la ville, elle m'a entraînée auprès d'autres et m'a aidée à me faire mes premières monnaies. Elle se battait avec un cimeterre, et elle m'en a offert un pour que je puisse apprendre l'art du combat. J'ignorais comment la remercier. Elle venait de m'offrir le plus beau des cadeaux, encore plus beau que ce stupide carnet... Elle a répondu en riant : « Deviens une mercenaire réputée, et je m'estimerais remboursée. »
En même temps qu'elle m'apprenait l'utilisation du cimeterre, j'ai décidé de me consacrer à un autre type d'éducation. Une nuit, alors que nous n'étions pas embauchées, j'ai dérobé le poignard à un homme saoul, dans une taverne. Hildegarde était en galante compagnie ; elle devait être éméchée, aussi. Je l'ai caché dans mon paquetage et je ne l'ai jamais montré à mon mentor. Je m'entrainais la nuit, pendant qu'elle dormait : je m'éloignais du camp provisoire ou de l'auberge où nous nous reposions, et j'essayais d'apprivoiser cette arme. Je me servais de mon enseignement du cimeterre pour comprendre l'art du poignard, mais c'était autre chose. Avec du temps, en deux ans j'ai réussi à savoir m'en servir. Même brillamment.
Il y a peu, Hildegarde a estimé que je me débrouillais très bien au cimeterre. Nos chemins se sont séparés, et je ne l'ai pas revue depuis. Je ne lui ai jamais parlé du poignard, et préfère ne jamais le faire. Hildegarde voulait que je sois aussi honorable que me le permet ma profession ; en devenant également assassin, l'honneur n'avait plus du tout de place chez moi.
La nuit même où nous nous sommes quittées, je me suis introduite dans le domaine d'un noble local. Je l'ai assassiné dans son sommeil. Ensuite, j'ai cherché sa femme : elle réconfortait une petite fille aux yeux bleus mouillés de larmes. J'ai été confrontée à un dilemme : devais-je tuer l'enfant ? J'ai décidé que non : c'était un crime trop grave. J'aurais pu être touchée par la scène - les mères nobles ne réconfortaient pas toutes leurs enfants - mais je n'en fis rien. Les assassins évitent de tuer les femmes... Mais ce sont des hommes, et moi je suis aussi une femme. Alors je m'octroyais le droit de tuer mes semblables. Et quand la dame sortit de la chambre, un bon coup de poignard dans la jugulaire eut raison d'elle. J'ai eu le temps de dérober quelques bricoles ; je suis également tombée sur un traité particulier d'herboristerie... qui parlait de poisons. Je l'ai donc emporté.
Il m'a tout simplement transportée : j'ai découvert un nouveau moyen pour parvenir à mon objectif d'extermination. Je me suis renseignée auprès d'un expert en poison, qui m'a donné une formation express. Je suis désormais prête à utiliser cette arme. Mais avec parcimonie, évidemment...

Désormais, une page de ma vie s'est tournée. Les évènements que je viens de raconter, je ne reviendrai plus dessus. Désormais, je souhaite que ce journal ait une utilité. Au lieu de raconter ma vie, comme je le faisais avant, il me servira de compte-rendu à mes activités de mercenaire.
Je ne serais plus jamais Lena Osenvall. Désormais, on m'appellera Vallendra...



Mission d'escorte
Le soleil se lève à l'est : chaque matin, c'est la même chose, le même spectacle s'offre à mes yeux. J'observe, tant que la lumière solaire ne m'aveugle pas, l'astre du jour colorer progressivement le ciel, se dessiner sur l'horizon. Pouvoir le regarder sans se brûler les globes oculaires est une petite merveille, pour moi. Il paraît que cette vision est encore plus belle face à l'océan. Mais je n'ai jamais vu la mer, et je ne pense pas que mes missions m'y conduiront un jour, du moins, pas dans l'immédiat.
J'étais assise à même le sol, à l'entrée de la ville, la tête tournée vers les collines avoisinantes qui se teintaient de rose et d'orange. Il y avait deux ou trois gardes près de moi, je ne savais pas exactement, je ne les avais pas remarqué : je ressentais juste leur présence physique. Un peu de chaleur humaine se dégageait d'eux, ainsi qu'une légère odeur - et des soupirs de lassitude, attendant la relève, car la nuit avait été longue pour eux. Moi non plus, je n'avais pas dormi. Je tenais discrètement dans ma main droite le poignard que j'avais volé il y a si longtemps : une arme à la poignée ouvragée sobrement, à peine quelques dorures et deux minuscules pierres brillantes, sculptée pour ressembler à un dragon grossier. La lame étincelait du fait que je l'avais nettoyée récemment, parce qu'elle était souillée de sang : je m'en étais servie pour massacrer un "pauvre" noble et sa femme. Pas de chances pour eux, ils étaient peut-être justes envers leur peuple, mais leur situation sociale signait d'office leur arrêt de mort. Je hais les nobles.
Je passais mon index sur le tranchant du poignard, distraitement, sans réellement me rendre compte de ce que je faisais. Si j'avais pris conscience de mon geste, sans doute aurais-je été plus prudente. Un tel comportement attire l'attention - surtout que j'avais commis un meurtre.
Quand le soleil fut suffisamment haut dans le ciel pour que je ne puisse plus le contempler sans en souffrir, je me levai, passai l'arme à la petite ceinture que je portais, et ramassai mes fontes. Je lançai un sourire amical aux sentinelles - elles me répondirent faiblement, éreintées - et rentrai dans la ville.
Je m'enfonçai dans les dédales des rues, labyrinthe dont je ne connaissais pas l'issue et dans lequel je me perdais régulièrement. Je ne voyais rien autour de moi. Les passants n'entraient jamais dans mon champ de vision même lorsqu'ils me faisaient face. Mon cerveau a tendance à sélectionner les informations qui lui convient de façon drastique : moi-même je ne comprends pas ses critères de sélection. Quand je cherche quelque chose, même s'il est au bout de mon nez, je suis incapable de le voir. Je suis une très mauvaise observatrice. Par contre, je remarque tous les détails futiles qui ne me serviront jamais (par exemple, qu'une feuille a été coupée en deux, que l'une moitié repose sur un banc et que l'autre vole dans les airs...). Ma vision est ainsi. Aussi ne remarquai-je un mercenaire avec lequel Hidegarde et moi venions de conclure notre mission jusqu'à ce que je le bouscule violemment et qu'il hurle mon nom. Je me retournai, surprise, pour constater la présence de Hendrel, un jeune loup au comportement de paladin.
« Len ! cria-t-il, et je grinçai des dents en l'entendant me surnommer ainsi. Je te cherchais, justement. »
Qu'est-ce qu'un imbécile comme Hendrel pouvait vouloir de moi ?
« J'ai trouvé une mission ! m'annonça-t-il, surexcité.
- Ahh... » Une mission ! j'avais complètement oublié que je n'étais pas qu'assassin ! Moi aussi, je devais vivre... Je devais songer à me chercher un emploi.
Hendrel eut l'air déçu que je ne montre pas autant d'enthousiasme que lui.
« Tu sais, continua-t-il, il recrute encore quelques mercenaires... ça t'intéresse peut-être ? »
Une mission entière avec Hendrel ! plutôt mourir... quoique. Je posai la question qui m'intéressait le plus :
« Ça paie bien ?
- Une vraie mine d'or, le gars ! m'assura Hendrel. Paraît qu'on va traverser un col ultra dangereux, avec des tonnes de brigands armés jusqu'aux dents qui dévalisent les voyageurs ! ... alors il offre cinquante pièces pour le passage du col et cinquante autres pour le reste du voyage. N'est-ce pas génial ?! »
Tout à coup, je compris pourquoi Hendrel était ravi... et j'avoue, je l'approuvais entièrement.
« Montre-moi ton employeur. » : ordonnai-je d'un ton autoritaire.
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