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 Épopée courtoise

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Dieu
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Le maître de tout...

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MessageSujet: Épopée courtoise   Ven 10 Juil - 13:14


Épopée courtoise




Il était une fois, dans un monde enchanté, un jeune et beau prince qui cherchait sa promise.

      Identité :


    Nom : Anguerans
    Prénom : Roderic
    Age : 27 années
    Race : Humain
    Situation Sociale : Prince du royaume Lilitès


    Apparence :


Taille :
1m90
Corpulence/Musculature : Il est imposant, tant par sa taille que par sa musculature. Il est parfaitement proportionné, et a fière allure.
Couleur des Yeux : Marron
Couleur des Cheveux : Blond
Armes/Armure : Une armure pesante en métal, mais il y est habitué, au moins avec elle, tout son corps est protégé. Il porte aussi un bouclier, une épée, et un poignard.
Aptitudes au Combat : Il maîtrise toutes sorte de techniques de combat, il est vif et sait parfaitement réagir en cas d’attaque surprise. Bon stratège, il peut également donner les bons ordres pour diriger un groupe des combattants médiocres vers la victoire.
Pouvoirs Magiques : Aucun.
Style Vestimentaire : Quand il ne porte pas son armure, il porte des vêtement riches et raffinés, dignes d’un Prince.
En Plus : à vous de déterminer ce qu’il a en plus
        Caractère :


      Description : À vous d’écrire les quinze lignes pour décrire son caractère.
      Qualités : Ambitieux, réfléchi. À vous de trouver au moins trois autres qualités.
      Défauts : À vous de trouver au moins 5 défauts
      Plus Grand Désir : Trouver sa princesse et régner sur un grand royaume prospère.
      Plus Grande Crainte : Vivre tout seul.

        Histoire :

      Histoire : Prince d’un tout petit royaume, avec son seul père encore en vie mais à la santé fragile il est ambitieux et s’est fixé comme mission d’épouser une princesse d’un des royaumes voisins. Heureusement pour lui il y avait plusieurs princesses à sa disposition. Premièrement il essaya de voir celle qui avait le plus grand territoire, car plus il aurait à gouverner, plu il se plairait. Deuxièmement il regarda en fonction de leur beauté, oui quand même il n’allait pas épouser une fille qu’il n’aurait pas plaisir à voir ! Et troisièmement, il devait s’arranger pour être l’unique prétendant. Le destin lui souriait car il y avait une candidate parfaite Cunégonde Erwarianne, fille ainée du seigneur de Locklade, un très vaste royaume, très joie, et malheureusement (ou heureusement selon les cas) tenue prisonnière par une méchante sorcière. Au moins comme cela il avait juste à éliminer la sorcière et non les prétendants, cela passait mieux auprès de la société, et puis comme cela il ne se faisait pas des ennemis avant même de monter sur le trône.
      Il fit de très sérieuses recherches pour voir s’il pourrait mener à bien son entreprise, il découvrit par exemple que la sorcière n’était pas qu’une bagatelle, elle était redouté dans tout les royaumes alentours pour différent méfaits qu’elle avait accompli. Tous ces méfaits étaient au plus haut point originaux d’après ce que Roderic avait lu ; crapaud à qui elle donnait le don de la parole pour qu’ils séduisent les jeunes filles, qu’elles l’embrassent et qu’elles se transforment en crapaud elles aussi ; elle se transforme en une vielle dame qui a besoin d’aide pour boire à la fontaine et elle s’arrange pour noyer les jeunes filles qui l’ont aidé… il fallait donc s’en méfier. Mais après tout emprisonner une princesse n’était pas un fait très original, d’autres l’avaient déjà fait avant elle. La défiance était donc de mise.

      Famille : Fils unique, il fut choyé par ses parents, et surtout par sa mère. Il adorait sa mère, avec elle il partageait de nombreux jeux, secrets et rêves. C’est elle qui lui avait dit un jour : « Fait attention à la personne que tu choisiras pour finir ta vie, il faut qu’elle soit digne de toi. » Quand elle est morte cela fut un grand choc pour lui, il mit longtemps à s’en remettre car il avait avec elle une relation très fusionnelle. Son père, il l’aime aussi, mais la santé fragile de son père l’a empêché d’être très proche de lui.

        Hors-Jeu :


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      Où avez-vous connu ce Forum :
      Commentaire :


    L’Aventure consistera à accompagner le Prince dans sa Quête. Le personnage du Prince est un personnage non joueur. Vous devez tenir compte de sa présence avec vous.

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    tout simplement.

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    Dernière édition par Dieu le Mar 8 Déc - 22:54, édité 1 fois
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    Dieu
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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Jeu 24 Sep - 15:28


      C’était un jour de marché dans Minesdris, la capitale du beau royaume de Lilithès. Les couleurs, les odeurs et les sons fusaient en tous sens. Les étals des maraîchers croulaient sous les fruits et les légumes, des tissus des toutes les couleurs étaient vendus, des épices embaumaient les passants et au centre de la place, une estrade qui était fréquentée par des vendeurs qui avaient payé pour venir vanter leurs produits. Cette scène était aussi accessible à ceux qui voulaient faire passer des annonces, et c’est pour cette raison que l’un des personnages important du royaume était venu.

      Le Prince Roderic d’Anguerans patientait avant de pouvoir monter lui aussi sur l’estrade. Il ne ressentait aucune peur, après tout il allait devenir un souverain, donc cet évènement n’était qu’un avant goût de ce qui l’attendait plus tard. De plus son tempérament courageux l’empêchait de ressentir le moindre trac. Enfin, le vendeur qui proposait des soi-disant objets magiques termina sa prestation douteuse, et le Prince pu grimper sur la structure en bois. Tous de suite il fut enchanté de voir que les gens le reconnaissaient et qu’ils se taisaient, attentif à ce que l’héritier du trône allait dire.

      « Oyez, oyez, braves gens, mon peuple ! Je suis venu pour vous faire une demande. Avant d’être prêt à accepter les responsabilités qu’incombent ma future royauté, j’ai une Quête à accomplir. La princesse Cunégonde Erwarianne, du royaume de Locklade, est prisonnière d’une sombre sorcière. Je compte aller la délivrer, mais pour cela j’envisage de d’employer quelques gens sûrs et courageux, affin d’assurer ma sécurité. Et si je ne choisi pas un des garde compétent du château, c’est que je sais que vous, mon peuple, possédez les qualités nécessaires. J’attends donc vos propositions. » Son annonce terminée il contempla ses sujets et fut heureux de constater qu’ils l’admiraient. Il descendit de l’estrade et fut prêt à recevoir les premières offres.


    Que l'Aventure commence, vous pouvez poster vos messages d'arrivée.

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    tout simplement.

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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Lun 5 Oct - 20:17

      Je hais ce pays, je hais ce pays et je hais ce pays. Mais c’est déjà mieux que rien, autant devoir refaire ma vie ici plutôt que de côtoyer à nouveau cette enjôleuse de sorcière qui m’a fait goûter à des sentiments humains. Quand je dis que les bipèdes sont dangereux je pèse mes mots. Ils font tout pour vous attirer dans leurs filets, et pour cela ils usent à foison de toutes leurs armes. Non vraiment il ne faut pas faire confiance à la race dressée. Même aux autres d’ailleurs. Quand je compare l’étendu des espèces à mon génie, je crois bien que je n’aurais pas assez de toutes mes vies pour remercier le ciel et de la générosité dont il a su faire preuve à mettant en monde. Autant de qualités, de génie, d’érudition et de clairvoyance en un seul être ne peut être qu’une bénédiction divine. Je suis celui qui se rapproche le plus de ce que les croyants appellent Dieu. Et bien s’il existe ce Dieu qu’il prenne garde à lui le grand Bartiméus est prêt à en découdre avec lui pour avoir le trône. Car OUI, je serais le maître du monde, OUI je serais reconnu et adulé de tous. Mon ère arrive est elle sera à ma hauteur, magnifique. D’ailleurs il faut que je songe à me faire nommer Barty le Magnifique, ou le Superbe, le Juste… Bien sûr que je serai d’une justesse inouïe, toute personne ne respectant pas les règles, sera punie de la même manière que sa voisine. Il serait vraiment dommage que l’un est une sanction moins douloureuse que l’autre, ou serait mon plaisir dans ce cas, si je ne peux comparer les réactions de chacun face au même traitement ? Nulle part. Je serais le juge et le témoin, je serais incontestable, et aucun moyen de contestation ne pourra être mis en place, toute réunion de plus de trois personnes se verra dissoute, ce sera chacun pour soi, mais surtout chacun pour MOI ! Mouahahahahahahahahahah ! –voici un exemple de rire de diabolique en version chat, pour plus de réalisme n’oubliez pas d’y ajouter un accent italien prononcé-

      J’étais loin de savoir où je me trouvais, mais mon instinct félin me permettait de toujours m’orienter correctement. Le sixième sens comme ils disent. Pour une fois, je dirais que les hommes n’ont pas tord, nous félins, nous avons bien un sorte de don que l’on pourrait qualifier d’extrasensoriel, nous ressentons un bon nombre d’éléments qui ne sont pas à la portée de tous les êtres. D’après ce que m’en a appris une humaine de là d’où je viens, certains êtres aux pouvoirs magiques peuvent avoir les mêmes dons. Sauf que pour le moment je n’en ai encore jamais rencontré, et si cela devait se faire, je crois bien que j’assouvirai immédiatement la personne, il n’est pas question qu’un bipède me fasse de l’ombre. De toutes manières, je n’ai aucun égal à moi-même ici bas, je demeure et demeurerais toujours le premier dans toutes les catégories. A moi la gloire !! Me baladant fièrement du haut mes parfaits petits coussinets, je me dirigeais vers un attroupement. Visiblement il y avait une manifestation, ou bien un appel à témoin dans le coin. Je me faufilais donc à travers les jambes, quand une d’entre elle, d’un vice sans pareil, m’écrasa fortement la queue : « Miiiiiiiiiiiiiiiaooooooooooooooooooow ! Cretina ! Idiota ! », la femme regarda au sol relativement interloquée car elle faisait face à un chat qui parle. Enfin ça c’était ce que je croyais jusqu’à ce qu’elle relève la tête vers un gamin juste à côté à qui elle asséna un violente baffe et un sermon basé sur le respect des plus vieux. Comme toujours je n’étais pas reconnu, et pour cause cette mégère ne voulait pas croire que j’avais parlé. Voilà pourquoi je ne pourrais jamais m’entourer de tels êtres dans ma suite royale, ils sont bien trop limités.

      Une fois cet incident clos, j’allais au devant des hommes, non sans avoir malencontreusement planté mes griffes dans le pied de la mégère qui l’avait bien mérité. Je saurais me souvenir d’elle quand je serai roi, elle servira d’exemple pour les futurs récalcitrants. J’étais donc à l’avant de la foule et donc au pied d’une estrade en bois de fortune. Dessus s’y trouvait un jeune humain à l’allure dépitée et en mal de quelque chose, peut être en mal d’air parce qu’avec l’armure qu’il portait cela ne devait pas être simple concernant la respiration. Encore une fois, preuve de la bêtise humaine. Il prit la parole et se lança dans un beau et triste discours. Il était question de sauver celle qui l’aimait. Pauvre fou ! Les femmes sont des sorcières qui usent de leur charme pour nous attirer dans leur filet, elles jouent avec nous pauvres mâles, pour nous dire ensuite que rien ne les rattache à nous, et elles vous laissent seul avec votre peine. J’interdirais les liaisons amoureuses, aucun amour n’aura le droit de voir jour son mon règne. Ainsi les races ne se reproduiront, et il ne restera plus que moi, être de perfection. La sélection naturelle va être vue sous un autre jour avec moi, comme cela aurait toujours dû être afin d’éviter les tares.

      Quelques personnes vinrent à se présenter au dit Prince, mais visiblement elles n’étaient pas de la trempe qu’il espérait. Ce n’était là que profiteurs et mendiants qui n’étaient à la recherche que d'une récompense, ou bien d’un moyen d’avoir une sorte d’assurance le temps de cette aventure. Ce qu’il est compliqué de trouver de la main-d’oeuvre digne de ce nom. C’est pendant que j’observais la scène, qui n’avait de cesse de se répéter, qu’en en saut agile et précis je fus sur l’estrade ni vu ni connu. Je m’avançais au près du dénommé Roderic, et attendait qu’il soit à nouveau seul. Quand il soupira, déçu n’avoir encore personne, je pris donc clairement la parole suite à léger raclement de gorge : « Tou es sûr de vouloir la sauver ? ». Il regarda autour de lui, et bien il posa ses yeux sur moi quelque peu surpris. « Si, c’est moi qui parle. »
      « Évidemment, je l’aime et cette sorcière retient mon amour et mes sentiments captifs, je ne suis puis la laisser continuer ainsi. »
      « Et ta Dame Cunégonde est-ce oune sorcière aussi ? »
      « Si sa beauté et son rire sont des maléfices, alors oui s’en est une. »
      , l’arrivée d’un homme trapu et au visage broussailleux coupa nette notre discussion. Ce qui me laissa le temps de réfléchir. Il n’avait pas l’air d’un simple d’esprit, et en ces lieux qui m’étaient encore inconnus peut être serait-il convenable d’avoir un protecteur. De plus, il était amoureux et il allait devoir en découdre avec une sorcière. De quoi me satisfaire personnellement en ayant l’illusion de m’en être pris à cette Syla Hedenell. Notre Sir Angerans renvoya poliment l’homme qui au final ne savait rien faire d’autre de vider les fûts de bière de l’auberge qui nous faisait place.
      « Je peux t’être outile tou sais. Je souis oune chat, donc je possède des sens plus développés que les tiens. Je peux ressentir un danger avant toua, et pouis personne ne croira que je suis à ton service, pouisque je ne souis qu’oune chat. »
      « Pourquoi un chat justement voudrais m’aider ? Qu’attend en retour ? »
      « Niente ! J’ai des comptes à régler avec les sorcières, j’en fais oune affaire personnelle. D’ailleurs je sais reconnaître leurs auras, j’en ai côtoyé une pendant oune bon moment.»
      « On verra, peut être que je n’aurais pas besoin de toi. Ma cause est noble, je ne fais pas une chasse aux sorcières, c’est une quête d’amour dont il s’agit.»
      « Jé vouois les cosi avec plous de recoul que toua. Jé peux être oune bon conseillé, histoire que tou ne t’entoures pas dé n’importe qui. Qu’en dis tou, maintenant ? »
      « D’accord. Mais fais cela dans la discrétion, si un me ment tu me le fais savoir. »
      « Et comment ?! »
      « Ronronne. »
      (é_____è)

      C’était déjà mieux que rien, il me prenait avec lui, mais il me considérait comme un chat domestique. Cela changerait au cours du temps, j’en fais le serment…

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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Sam 20 Fév - 22:10

    Quelques jours auparavant


    - Tiens, voilà ta solde.

    Je ne relevai pas le ton de mépris qui vibrait dans sa voix. L'homme méprisait les mercenaires, qu'il considérait comme cupides - il n'avait pas tort. Me concernant, je ne vivais que pour l'argent. Je n'en gagnais pas beaucoup, à peine de quoi financer la réparation de mon équipement, de me dénicher un endroit où dormir et de la nourriture en attendant que le prochain client frappe à ma porte. Récemment, avec mes économies, je m'étais achetée un splendide stylet à la lame d'un étrange matériau. J'avais été sceptique lorsque j'avais contemplé l'objet, mais le vendeur m'avait convaincue lorsqu'il avait enfoncé le stylet dans la pierre avec une véritable facilité. C'était devenu mon deuxième bien le plus précieux, juste après ma dernière armure - cuir clouté, bien plus protecteur que mes anciennes armures de peaux... bien que j'en aie conservé trois que je portais de temps en temps. Ce jour-là, je n'avais revêtu que de simples vêtements, couleur noire, qui contrastait avec mes étranges cheveux roux, et mes yeux oranges, mais qui n'en relevait que plus la pâleur de mon teint. Je ne comprenais pas pourquoi je ne bronzais pas : je passais ses journées dehors, la couleur de ma peau aurait dû prendre une jolie teinte brune ! Au lieu de cela, je ressemblais à ces poupées nobles qui passaient leur temps inutile à l'ombre dans leurs palais. Quelle ironie pour quelqu'un qui détestait les nobles...

    J'empochai la petite bourse sans rien dire, puis me détournai rapidement. Je ne pris pas la peine de le saluer. J'aurais pu gagner plus d'argent si j'avais accepté d'escorter le petit seigneur qui se rendait aussi à Minesdris, mais cela aurait été contraire à mon éthique. Le marchand en avait donc profité, sachant que j'accepterais une somme bien moins élevée... Mais ce n'était pas le moment de ressasser les circonstances dans lesquelles j'avais contracté une énième embauche. Il me fallait me repérer dans la capitale de Lilithès. Je ne m'étais jamais aventurée aussi loin de chez moi. Pourtant, je ne voulais surtout pas demander mon chemin.

    Je marchais depuis quelques minutes déjà lorsqu'un des passants attira mon attention. Non parce qu'il était vêtu de beaux habits, non, mais parce qu'il avait une attitude défensive que n'avaient pas les autres habitants. Un coupe-jarret, sans doute, décidai-je. Son regard partait dans toutes les directions, sans s'arrêter nulle part, mais je devinais qu'il enregistrait tout. Son visage était commun, identique à des milliers d'autres... il passait inaperçu sans problèmes. Mais lorsqu'on s'est entraîné à ne pas se faire repérer pour aller tuer quelques nobles dans leur sommeil, ce type de comportement saute aux yeux.

    Il dut voir que je l'avais remarqué, car il s'avança soudainement vers moi, avec une désinvolture qui ne me trompait pas, et me bouscula comme s'il ne le faisait pas exprès.

    -
    Oh ! pardon, murmura-t-il d'une voix pleine de sincérité.

    Mais je savais que si je m'étais fait mal, il s'en fichait bien. Au lieu d'un habituel « Faîtes attention, vous êtes pardonné, pas de souci », je lui répondis :

    -
    Ne me prends pas pour une idiote.

    Il eut un effrayant sourire, le genre de sourire propre aux démons. L'espace d'un instant, je me demandai si je n'aurais pas dû plutôt le laisser faire - mais il ne m'en laissa pas le temps, et il me poussa violemment dans une ruelle. Mon dos cogna le mur un peu trop fort, et je me retins à grand peine de ne pas grimacer. Il n'y allait pas de main morte, dis donc ! Mais je n'étais pas rassurée. Il connaissait les lieux bien mieux que moi...

    Mais il se contenta de dire :

    -
    Je vous ai vu, à l'entrée de la ville. Vous accompagniez la caravane.

    - Et alors ? rétorquai-je, irritée. En quoi cela t'intéresse-t-il ?

    - Je ne pense pas que vous soyez une putain, affirma-t-il, et je pâlis encore plus que je ne l'étais déjà. Si, si, j'ai vu ce vieux Burchin vous payer. Une misère. Vous m'avez plutôt l'air d'une mercenaire.

    Il pencha la tête. - C'est plutôt rare de voir une femme occuper un tel poste.

    - Si tu es venu pour m'insulter, commençai-je, menaçante.

    Je détestais les imprévus comme ce grotesque personnage. Si cela se trouvait, il avait du sang de noble dans les veines. Quelle horreur, rien qu'à y penser...

    -
    Je suis un client, jolie dame de feu.

    Je ne relevai pas le compliment. J'avais cessé de m'occuper de mon apparence plus que nécessaire depuis que j'étais mercenaire. Disons que j'évitais surtout d'être repoussante, mais cela s'arrêtait là. Le "dame de feu" était plus intéressant. Il y avait longtemps qu'on ne m'avait plus comparée à cette élément. Mais je préférais de loin la glace. Quoique, avoir des cheveux bleus...

    Je me forçai à lui répondre :

    -
    Et en quoi consiste ta mission ?

    - Oh ! s'exclama-t-il, ravi, rien d'insurmontable. Ce sera difficile pour vous, mais vous y arriverez, j'y compte bien. En fait, je vous offre une occasion inestimable. La plus grosse de vos missions, oh oui. Avec une fortune à la clé.

    Il prononça la somme, et je le regardai avec des yeux ronds. Autant ! mais aucune mission ne valait autant ! Je lui demandai :

    -
    Pourquoi voudrais-tu me confier une telle mission, à moi ?

    - Parce que vous êtes celle qu'il me faut. Je vous reconnais, Vallendra. Tout le monde a entendu parler de la mercenaire aux cheveux et aux yeux fauves. Vous vous êtes bâtie une certaine réputation. Vous détestez l'élite. Nous allons bien nous entendre, je crois : car ce que je vous propose vous permettra de nuire à un représentation de la haute société.

    Je devais rêver. Me proposait-il vraiment une telle mission ?

    -
    Et qui est la victime ? réclamai-je, intéressée.

    -
    Hola, doucement ! riposta-t-il. Vous le saurez en temps et en heure. Ce que vous devrez faire pour l'instant est très simple. Dans quelques jours, le marché s'installera dans Minesdris. Vous vous y rendrez assez tôt le matin, et vous attendrez qu'un homme monte sur l'estrade... Il proposera à son peuple de l'accompagner. Vous vous porterez volontaire, bien sûr. Il risque d'être difficile à convaincre, aussi mettez-y tout votre cœur. Persuadez-le de vos talents, faîtes briller votre nom.

    Il sortit une petite bourse et me la mit dans la main. Je vis qu'elle contenait une bonne quantité de pièces.

    -
    Voici une première avance, en gage de ma bonne volonté. Vous en aurez une autre demain, si vous réussissez. Si vous échouez, vous pourrez garder cette bourse. Mais sinon, vous en aurez bien plus. Quand vous reviendrez vers moi à la fin, je vous couvrirai d'or.

    L'image se forma devant mes yeux, délicieuse. Je rangeai ma bourse à côté de celle, beaucoup plus réduite, que m'avait fournie le marchand, et inclinant courtoisement la tête, je pris congé de l'individu.

    Cette nuit, je ne dormirai pas dans un taudis. Mieux encore, j'allais pouvoir m'acheter quelques poisons...





    Ce jour-là


    Je fus au marché le jour que m'avait indiqué l'inconnu. J'étais de bonne humeur - forcément, je n'aurais jamais pu me payer une telle auberge avec mes salaires habituels, et le confort était si merveilleux...- et j'étais prête à affronter des heures d'attente. Il m'en faudrait, du courage, car je n'étais pas d'un naturel très patient... Sauf quand il fallait guetter la proie. Mais aujourd'hui, je devais simplement attendre mon heure.

    Qui pouvait-être cet homme qui demanderait l'aide des habitants de Lilithès ? En quoi sa cause m'aiderait-elle dans ma quête éternelle contre les nobles ? L'aider, mais à quoi ? Tant de questions sans réponses... Mais cela semblait simple. Presque trop.

    Et surtout, je ne vis pas le temps passer. Pourtant, de nombreuses personnes défilaient devant moi. Certains vendeurs m'apostrophaient, mais quand je leur jetai un regard noir, ils bredouillaient de vagues excuses avant de repartir à la chasse au client. Pitoyable. J'étais bien plus attirée par un étal tranquille, tenue par une vieille femme aux allures de sorcière. Elle me plaisait bien, je crois. Elle ne parlait pas beaucoup, et quand elle vit que je n'avais pas l'intention d'acheter ses marchandises, elle ne tenta pas de me chasser. Sa compagnie silencieuse m'apaisait. Ma présence d'ailleurs attirait quelques clients qui n'auraient jamais approché son présentoir, me croyant absorbée dans ses produits. Certains même repartaient avec les étranges amulettes qu'elle proposait. Je n'y croyais pas, mais j'avouais qu'ils étaient de bonne facture.

    L'homme qui occupait l'estrade à un moment donné n'était rien qu'un vulgaire vendeur, mais il disait proposer des artefacts magiques. Je grimaçai, essayant de ne pas me faire voir de la vendeuse. Il vantait les mérites de la magie ! En ce qui me concernait, je détestais ça. Je trouvais qu'il s'agit d'une hérésie, d'une chose qui n'aurait jamais dû exister. Rien n'expliquait la magie : ce n'était pas logique. A moins que, bien sûr, les belles gens bien cultivés ne partagent pas ce secret avec les gens de basse extraction comme moi... mais je les trouvais trop stupides pour comprendre un tel phénomène.

    Il quitta finalement l'estrade, sans vraiment convaincre personne - et moi encore moins - et un autre monta dessus. Je fus immédiatement dégoûtée quand je le vis. Il se croyait beau, sans doute, alors qu'il n'avait rien du charme naturel de Renald - immédiatement, je m'interdis de penser à lui ; oui, je l'aimais encore, mais il appartenait à une autre vie et m'avait sans doute oubliée depuis toutes ces années. Ses yeux marron brillaient d'arrogance et de suffisance, des expressions que je détestais. Il avait un corps si parfait, avec des cheveux d'un blond si éclatant, que je l'en trouvais écœurant. Il n'avait jamais dû travailler de toute sa vie, j'en étais persuadée. D'ailleurs, il devait sans doute ignorer comment écrire ce mot, à supposer qu'il fasse partie de son vocabulaire. Mais s'il avait dû trimer, suer sang et eau comme nous autres du commun le faisons, il n'aurait pas eu une apparence si idéale. Sans compter que ses habits - si fins, si raffinés - le rendaient grotesque. Dommage, avec sa stature il aurait pu être imposant.

    Il était sans doute noble, et s'il ne l'était pas, c'était un bourgeois bien fortuné.

    A côté d'elle, la marchande murmura, émerveillée : -
    Le prince ! C'est le prince !

    Tous autour d'elle contemplait d'un air ébahi l'idiot qui, visiblement, prenait plaisir à être le centre de tous les regards. Un prince ? Voilà qui était encore plus détestable...

    -
    Oyez, oyez, braves gens, mon peuple ! Je suis venu pour vous faire une demande. Avant d’être prêt à accepter les responsabilités qu’incombe ma future royauté, j’ai une Quête à accomplir. La princesse Cunégonde Erwarianne, du royaume de Locklade, est prisonnière d’une sombre sorcière. Je compte aller la délivrer, mais pour cela j’envisage de d’employer quelques gens sûrs et courageux, affin d’assurer ma sécurité. Et si je ne choisi pas un des gardes compétents du château, c’est que je sais que vous, mon peuple, possédez les qualités nécessaires. J’attends donc vos propositions.

    Je faillis ricaner devant la naïveté de ce personnage. Cela ressemblait trop à un mauvais conte de fée. Une princesse prisonnière d'une sorcière ? Hé bien, qu'elle reste enfermée ! ce que la sorcière pouvait lui faire subir ne valait rien à côté de ce que ma haine aveuglante était capable de me faire accomplir. Je me rappelais encore avoir démembré un homme vivant parce qu'il défendait son roi. Un imbécile, de toute façon, qui méritait de mourir. Enfin, il était vrai que je n'y étais pas allée avec le dos de la cuillère.

    J'avais complètement oublié ma mission, et si je m'en étais rappelée, je n'aurais sans doute pas cru qu'il était la personne que j'étais censée accompagner. Des centaines d'idiots se bousculaient pour se présenter au prince, pour avoir l'honneur de l'accompagner. Étaient-ils aussi crédibles ? Le jeune homme se moquait d'eux, c'était pourtant clair. Pourquoi emploierait-il des roturiers ? Non, il devait sans doute chercher quelques perles rares, des aventuriers de haut rang qui s'étaient aventurés au marché ce matin-là...

    Je ne bougeais donc pas, tandis qu'une marée d'imbéciles se faisait impitoyablement refoulée par ce prétentieux. J'allais me détourner quand la personne qui m'avait employée s'avança vers moi. Surprise, je le regardai en tentant de cacher mes émotions.

    -
    Qu'êtes-vous en train de faire ? cracha-t-il, et son ton n'avait rien d'amical.

    Je haussai les épaules et répondis :

    -
    J'attends.

    - Hé bien, vous n'allez pas attendre longtemps, si vous tenez à recevoir votre argent ! Si vous ne vous dépêchez pas, le prince aura choisi ses accompagnateurs, et vous n'en ferez pas partie !

    Je le regardai, abasourdie. Je me rappelai maintenant ses paroles... "Il proposera à son peuple"... Comment avais-je pu passer à côté d'un tel indice ? Quelle idiote j'avais été, attirée par l'appât du gain...

    -
    Tu veux que je m'allie avec ce... ce parvenu ! sifflai-je, révoltée.

    -
    Exactement, rétorqua-t-il sèchement en soutenant mon regard. En t'approchant de lui, tu auras mille occasions de lui nuire.

    - Mais ce... C'est ridicule, voyons ! protestai-je. Il ne va quand même pas aller sauver une princesse qu'il n'a jamais vu juste pour des raisons de nobles ? Il est complètement fou !

    - Si vous n'êtes pas intéressée par cette mission, vous pouvez toujours me rendre l'argent...

    Il tendit la main, me fixant de son regard. Je retournai les possibilités dans ma tête. Il n'avait pas tort. Et cela valait peut-être le coup d'approcher un noble pour une telle fortune. Mais j'avais pourtant refusé l'argent du seigneur qui se rendait à Minesdris... Au diable ce dilemme ! décidai-je. Si je refuse, jamais je ne pourrais revenir chez moi et regarder Renald sans honte... en supposant qu'il se rappelle encore de moi.

    -
    J'accepte.

    Et je lui tournai le dos, me frayant un chemin parmi la foule.

    Il était difficile d'avancer, avec tous ces gens agglutinés autour de cette poupée format géant. Mais après avoir écrasé les pieds de quelques personnes sans m'excuser, je me sentis beaucoup plus à l'aise. On m'insultait copieusement, mais je m'en fichais. Après tout, si je montrais que j'étais déterminée à me rendre sur l'estrade, peut-être cela jouerait-il en ma faveur... Oh, arrête, m'ordonnai-je, tu sais très bien comment sont les nobles, ils ne vont pas observer précisément la foule...

    Quand j'arrivai à l'estrade, le prince semblait discuter avec un chat. Étrange, un félin qui parle ! Je détestais les animaux, ils n'étaient bon à rien. Ils avaient parfois plus de cervelle que les humains, mais étaient tous obnubilés par leur désir de contrôler le monde... Ils ne valaient pas mieux que les êtres qu'ils méprisaient. Moi, en tout cas, gouverner ne m'intéressait. Je rêvais juste de finir une petite vie tranquille, avec des enfants et un mari... rien d'original, quoi. Mais plus tard, quand je ne pourrais plus courir à l'aventure. Et je savais que cet époux ne serait pas Renald.

    Le prince accepta que le chat l'accompagne, ce qui me surprit... mais pas tant que cela, en y réfléchissant. Le félin était assez intelligent. Pourrait-il détecter ce que je voulais lui cacher, à savoir que je n'avais pas choisi volontairement de me proposer ?

    Je montai sur l'estrade sans un bruit. Déjà, les gens revenaient près du prince, voyant qu'il en avait fini avec le chat. D'un geste de la main, je leur fis signe de s'arrêter... et curieusement, ils m'obéirent ! Le prince tourna la tête vers moi, qui avait réussi à les stopper. Je crois que le chat me regarda aussi, mais ayant fixé mon attention sur le prince, je ne le sais pas. Le prince m'observait. Aïe. Je n'avais jamais appris l'étiquette - moi et le protocole, même s'il ne s'appliquait pas à la haute société, nous n'avions jamais été très amis... - et passer pour une barbare n'était sans doute pas la meilleure solution pour me faire embaucher... Pourtant je refusai net de m'agenouiller ou n'importe quelle idiotie dans le genre. Je me contentais donc d'une simple inclination de la tête, pas très profonde d'ailleurs.

    -
    Mon prince, fis-je d'une voix dont j'essayais d'exclure le mépris qu'il m'inspirait, si vous avez besoin d'aide, je peux vous la procurer.

    Il me regarda, un peu méfiant mais mis en confiance par la manifestation d'autorité - involontaire - dont j'avais fait preuve. Il hocha la tête, pensif, tandis que le chat ne semblait pas réagir négativement. Peut-être savait-il ce que je voulais, mais en tout cas - merci à lui - il ne dit rien à cet imbécile (presque) couronné.

    -
    Et qui es-tu ?

    - On me connaît sous le nom de Vallendra. Je suis une mercenaire, mais l'argent ici ne m'intéresse pas.

    Le chat se mit à ronronner et je sursautai, surprise. J'avais cru entendre qu'il s'agissait d'un signal au cas où quelqu'un mentait... mais jamais je n'aurais pensé qu'il obéirait ! Peut-être que, comme moi, il se disait que le premier jour n'était certainement pas le bon moment de s'aliéner le prince. Ou alors il voulait juste m'embêter. Mais le prince d'ailleurs me regarda avec une expression épouvantable de condescendance - à mentir, j'avais déjà baissé dans son estime. Bravo Lena. Bon, comment arranger la situation ?

    -
    Bon, d'accord, avouai-je, je serais toujours intéressée par l'argent. Tu es content, l'animal ? (L'expression ne lui plut pas, mais je l'ignorai pour me concentrer sur mon interlocuteur) Mais votre argent ne m'intéresse pas. J'en trouverai en cours de route. (Je n'étais pas sûre que mon client me donnerait de l'argent, mais il y avait toujours moyen de trouver des liquidités, l'expérience me l'avait appris. Je ne mentais pas au prince. Maudit chat.) Mes lames ne seront pas de trop pour vous aider, je le pense.

    - Et pourquoi voudrais-tu m'aider ? s'enquit l'arrogant.

    La question piège. Comment lui répondre que c'était pour recevoir l'argent d'un autre client ? Bah, il le saurait bien assez tôt. Je décidai de ne pas tout à fait répondre à sa question et annonçai :

    -
    J'aime l'aventure. Sincèrement, je pense que la vôtre sera riche en rebondissements. (Ok, ce n'était pas ma motivation primaire, plutôt un encouragement pour m'obliger à ne pas me morfondre sur mon acte. Et quelque chose me disait qu'avec cet imbécile à la tête d'un groupe, des dangers, il y en aurait. Beaucoup.) Sans compter que j'ai cru comprendre que vous alliez affronter une sorcière. Il se trouve que je suis immunisée contre les sorts. Totalement contre les mineurs ; face aux majeurs, je suis vulnérable, mais j'encaisse mieux que les autres mortels.

    Je venais d'abaisser mon atout monstre, me demandant si mon client ne m'avait pas trompée et voulait plutôt que je me serve de cet avantage au bénéfice du prince... Mais ce n'était pas maintenant que j'allais reculer.

    Le prince me regardai, complètement effaré. Pour lui, c'était sans doute impensable... Je n'avais découvert cette particularité que lors de mes premières missions en tant que mercenaire - il faut dire qu'une enfant et une adolescente apprentie potière a peu de chances qu'on lui jette un sort - et elle me servait bien... parfois. Je ne pouvais jamais être guérie par des techniques occultes - malgré ma répulsion, certaines blessures avaient été si terribles que j'aurais bien aimé y recourir. Mais je préférais ne pas le faire remarquer au prince. D'ailleurs, après que le chat l'eut convaincu que je ne mentais pas, il m'annonça :

    -
    Face à une sorcière, oui, tu feras la différence. Tu serais une très bonne éclaireuse dans l'antre de cette sorcière. (Je me retins de frissonner et de protester. Quoi, ce crétin voulait que je m'introduise seule chez la sorcière ? Il était malade, oui.) Je vais te prendre. J'espère que tu es aussi douée pour ce que tu appelles... hum... tes lames ?

    Encore une énième pique par un abruti qui pensait que les femmes ne savaient pas se battre. Mais peu importait, je ne devais pas répliquer. Et de toute façon, quelle importance face à ce que je venais d'accomplir ? A moi la fortune de mon client.

    J'étais la deuxième élue.
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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Mar 6 Avr - 0:11

      Le Sarcasme invite les participants de cette aventure à poster leur arrivée. Pour le moment ne reste que : Hereoff.-Kristian. (absence notée)
      L'aventure ne peut commencer sans ce premier message.
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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Dim 18 Avr - 23:43

    Le soleil est, je crois, la pire chose qu'il existe dans ma vie. Tout d'abord, on peut par exemple remarquer que la lumière du soleil m'aveugle, et que sa chaleur me blesse. Mais tout ceci n'a qu'une dimension matérielle. Le plus grand problème du soleil est qu'il est un véritable symbole. Il représente la vie. Et la vie est pour moi quelque chose d'étrange, à la fois désagréable et indispensable. Il y a aussi que je suis bien moins vivant que les autres, et de ce fait je ne le comprends pas forcément. Je sais que je rate beaucoup de choses. Mais cela est une autre histoire.

    J'étais arrivé à Minesdris la veille au soir. Une délégation de ménestrels de foire y avait été envoyée à l'occasion du 150ème anniversaire de la mort de Carick Lespain, le plus grand ménestrel de foire qu'il existât sur cette terre. Du moins, c'est ce qu'on m'en avait dit, je n'avais aucun moyen de vérifier par moi-même sa taille. Quoiqu'il en soit, ceci semblait suffisamment important pour que Jasmin acceptât d'emmener les ménestrels à Minesdris. Pourquoi pas ? Nous étions partis il y a une semaine, et le voyage avait été long jusqu'à notre arrivée en ville. Du moins, je suppose qu'il l'a été, puisque les hommes ne cessaient de se plaindre de la longueur du voyage. Ils avaient poussé des cris de joie en voyant les remparts de Minesdris, et je les avais imités tant bien que mal. Je suppose qu'ils célébraient leur arrivée en ville, à moins que ce ne soit le soulagement de la fin de la voyage... Mais ça n'a aucune importance. Nous avons planté nos tentes sur un terrain vague que le capitaine des gardes royaux avait bien voulu nous allouer. Les discussions avaient été houleuses entre lui et Jasmin, puisqu'ils avaient hurlé très fort et avaient failli en venir aux mains. Finalement, un arrangement avait été trouvé, bien trop complexe pour que j'en comprenne le véritable sens...

    - C'est d'accord, avait dit le capitaine, vous pouvez occuper le terrain juste à coté du Jardin des Rubans, mais vous devrez payer un tribut quotidien de 25 pièces d'argent par tente plantée, avec également l'interdiction de vous produire sur les places situées sur un périmètre de 600m autour du Palais.

    Jasmin avait accepté. Nous avions pris possession du terrain. C'était un carré boueux à côté du Jardin des Rubans, plutôt petit puisque nous avions eu du mal à faire tenir tous nos habitats sur cette parcelle. Dans l'air se mélangeaient l'odeur des fleurs du Jardin et celle des détritus et autres déchets éparpillés autour de notre terrain. Le tout donnait une senteur aigre-douce qui, à ce que j'en ai compris, sentait mauvais : Jasmin et les autres hommes ne cessaient de se pincer le nez.

    - Bah, 'y avait pire, là-bas avant, m'avait confié Jasmin, avant, c'était même pire ! Y nous avait carrément mis dans la décharge ! Tu t'rends compte ?

    J'avais souris, ne sachant que répondre, j'avais pensé que ça suffirait. Cela avait suffit, puisqu'il était reparti aussitôt. Une fois installés, la nuit s'était déroulée comme toutes les nuits. Les ménestrels avaient bien bus et fait la fête jusque tard dans la nuit, avant de s'effondrer sous les vapeurs de l'alcool. J'imagine que les voisins n'avaient pas dû être contents, et qu'ils avaient dû leur crier dessus comme ils le faisaient chez nous.

    Le lendemain matin, je m'étais réveillé très tôt. Le soleil n'était pas encore prêt à se lever, ce qui me convenait parfaitement. Je m'étais levé, m'étais rapidement habillé puis étais parti du camp. En chemin, j'avais croisé Jasmin qui allait justement se coucher. Il m'avait salué et m'avait recommandé la plus grande prudence. J'avais acquiescé en silence, mais je savais que je n'allais pas suivre ses conseils. Peut-être, avec un peu de chance, trouverais-je le courage de tuer ? C'est avec ces espérances que je m'étais éloigné des ménestrels.

    Je connaissais déjà un peu la ville, puisque la veille nous l'avions traversé, et c'étaient des souvenirs encore très frais dans ma mémoire. Je savais qu'il y avait un port, pas très loin de l'endroit où nous séjournions. Je m'étais donc mis en tête d'aller le visiter. En chemin, je m'étais demandé s'il était plus facile de tuer un homme en le poussant à la mer. Sans doute, puisque s'il sait nager, il s'en sortira forcément. Armé de cette certitude, j'étais prêt à tuer de cette manière n'importe qui se présentant devant moi. Quelques minutes plus tard, j'étais arrivé au port.

    Je m'étais arrêté très tôt. Je n'avais encore jamais vu de port, et cette vision ne me choquât point. À vrai dire, j'ignorais ce qu'était le choc, si ce n'est qu'il s'agit d'une émotion qu'on ressent face à quelque chose de particulièrement nouveau ou incroyable. Étais-je choqué ? Hélas non, mais si je le pouvais, je l'aurais été. Le port s'étendait sur un grand ponton dont je n'avais pas vu les extrémités. Devant moi, j'avais vu un grand nombre de bateaux, de taille et de style tous différents, reliés au ponton grâce à des cordes. Cela semblait être une protection rustique, puisque certains s'étaient détachés. En arrière-plan, j'avais deviné la mer, cette grande étendue d'eau salée qui inspirait tant de ménestrels. J'avais pensé qu'ils auraient trouvé cela magnifique, puisque l'astre Lunaire se reflétait dans l'eau. Pour ma part, je n'en avais pas pensé grand chose. C'était un port. Je m'étais assis dans l'espoir de voir une personne potentiellement intéressante à tuer.



    Le soleil commençait son ascension, et déjà, je sentais l'air se réchauffer légèrement. Je n'avais vu personne, j'étais aussi proche de l'irritation qu'un fantôme vivant peut l'être : c'est-à-dire que je remarquais qu'il n'y avait eu personne. Je réfléchissais. Bientôt, le soleil serait haut dans le ciel, et il ferait très chaud. Puisqu'il y avait un peu de vent dans le port, je pourrais peut-être supporter cette chaleur. Mais je ne pouvais pas y passer ma journée. Jasmin m'attendait pour faire des tours dans les bas marchés de la ville, là où l'on ne voit que les mendiants et autres personnes peu fréquentables puisqu'elles étaient sans le sou et promptes à tuer quelqu'un un peu trop entreprenant. Ce qui, dans mon cas, me conviendrait sans doute, puisque je serais alors obligé de tuer pour sauver une vie à laquelle je ne sais si je tiens vraiment : la mienne. Mais pour que je réussisse à rejoindre Jasmin, mieux valait me mettre en route dès à présent. Ainsi, je profiterais des derniers instants de fraicheur avant que n'arrive la fournaise quotidienne.

    Alors que je me dirigeais vers le Jardin des Rubans, je croisais les premières personnes à se rendre au port. Il est vrai qu'elles n'étaient pas aussi matinales que moi, elles qui n'avaient pas à soucier de survivre au jour. La température ne cessait d'augmenter. J'ignore s'il en va de même pour les humains, mais je ressens chaque degré qui se rajoute à ceux qui étaient déjà là. Mon front commençait déjà à se perler de sueur, mais je ne pouvais enlever mes vêtements sous peine d'exposer ma peau blanche au regard des humains. Je n'avais nullement l'intention de créer un scandale, aussi devais-je supporter la chaleur avec eux. Pourtant, je le voyais, les humains ne semblaient pas y être sensibles. Ils portaient de grosses épaisseurs de tissu et semblaient frissonner quand ils passaient à l'ombre. Quel chance. Le froid, je ne connais pas.

    Malheureusement, avant de retourner au camp, je devais passer par la plus grande place de marché de la ville, la place du Roi Ambulance. Ce qui signifiait deux choses. La première est que, si à l'aller elle était vide, ce ne serait plus le cas au retour, les marchands ayant eu le temps de présenter leurs étals. La deuxième, c'est qu'en tant que ménestrel de foire de Jasmin, je n'étais pas censé me retrouver sur cette place. J'étais suffisamment étrange pour que les gardes m'aient repérés, et j'allais forcément attirer l'attention. Quoiqu'il en soit, traverser cette place n'allait pas être une partie de plaisir... Ce qui signifiait que j'allais la traverser sans que cela m'inspire de la crainte.

    Aux abords de la place déjà, une foule dense se pressait pour la visiter. Le soleil s'était déjà levé et occupait déjà une petite hauteur dans le ciel. Pour ma part, j'avais déjà très chaud. Mais les humains s'étaient déjà levés, attirés par les marchandises et inquiets d'être les premiers à en profiter. Ils s'interpellaient, se poussaient, et ce dans l'espoir d'obtenir avant tout le monde un produit tant souhaité. C'était bien un désir que je ne comprenais pas. Après tout, qu'importe le moment où on achète quelque chose, si celui-ci correspond au moment où nous en avons besoin. Du moins, c'est ainsi que je réfléchis, mais il est vrai que parfois, il faut prévoir à l'avance ce qu'on va avoir besoin plus tard... Ce qui n'empêche pas qu'avoir un produit à un certain instant ou quelques minutes plus tard n'a pas de réelle importance. Mais aller l'expliquer à des humains qui prendraient comme argument mon absence d'émotions... Impensable.

    Finalement, la foule était si dense qu'avec un peu de chance, j'échapperais et à l'attention du public, et aux gardes. Peut-être n'était-ce pas si mal que ça. Je pénétrais enfin dans le marché. Il était désormais plus simple de marcher, puisque le peuple se répartissait entre les différentes allées. J'empruntais celle juste en face de moi. Plusieurs marchands criaient pour vendre leur marchandises. L'un avait un étalage de pains, des plus classiques aux plus originaux. Je l'évitais soigneusement. Un autre avait présenté sur des planches de bois des morceaux de viande saignante, qui, plus tard dans la journée, serait survolée par des mouches. Même recul de ma part. Plusieurs d'entre eux proposaient des étoffes diverses, ou des objets du quotidien à bas prix. Mais je n'allais pas acheter des vêtements s'ils me pèsent quand j'en porte, et ne parlons pas des objets du quotidien... Pour être honnête, j'ignore comment s'utilisent la plupart d'entre eux. Je n'ai jamais vécu comme un humain normal, autant dire que cela m'est totalement étranger. Il y avait aussi un homme qui se proclamait marchand de ''jouets''. Les ''jouets'' étaient une collection d'objets miniaturisés en bois ou en métal représentant... un bon nombre de choses : des chevaux, des petites filles, des épées, des objets étrangers du quotidien... Je m'étais toujours demandé à quoi servait un jouet, mais j'en avais déduit qu'il avait le même intérêt pour les humains que les produits alimentaires sucrés, puisque les enfants se pressaient contre ce stand... Je m'éloignais, la tête remplie d'interrogations.

    À mi-chemin, je remarquais au centre de la place une énorme fontaine, faite avec des dalles blanches. Je m'arrêtais pour la contempler. J'étais en quelque sorte fasciné par cette eau qui sortait et rentrait dans cette fontaine dans un ballet incessant, par ces sculptures qui évoquaient les fraicheurs inconnues du Nord, par la splendeur de sa couleur blanche qui tranchait avec la chaleur du brun des bâtiments. Je pouvais bien m'octroyer une pause avant de rejoindre le camp, sachant que les ménestrels ne seraient certainement pas en état de travailler ce matin, et que Jasmin devait sûrement être encore en train de dormir. Ils n'auraient qu'à m'attendre. J'avais chaud, il ne cessait de faire de plus en chaud, et la foule réchauffait l'environnement. Il était grand temps d'introduire une touche de fraîcheur.

    Je m'y dirigeais donc, évitant les badauds comme une ombre. Je sentais quand même quelques regards inquisiteurs sur ma nuque et je trouvais ça... désagréable. J'aurais bien voulu m'y soustraire, mais qu'aurais-je pu si je ne savais pas qui étaient ceux qui me jaugeaient du regard ? Je m'efforçais de les ignorer, ce que je fis avec brio, puisque je me concentrais uniquement sur le chemin vers la fontaine. Et enfin, j'y fus. Quelques enfants jouaient dans l'eau, s'éclaboussant et riant aux éclats. Ils se figèrent quand ils me virent, mais je leur adressais mon sourire le plus doux et les saluais doucement avec ma main. Cela eut pour effet de les rassurer et ils reprirent bien vite leur jeux. Je me sentais parfois plus proche d'un enfant. Eux étaient moins compliqués que les adultes et étaient plus tournés vers leurs besoins immédiats que vers leurs désirs futiles. Ceux qu'ils avaient été au moins justifiés. En plus, ils ne comprenaient pas tout du monde qui les entouraient, tout comme moi. Mais j'étais bien différent d'eux, puisqu'ils étaient définitivement plus émotifs que moi. Ils riaient facilement, tandis que je n'y arrivais pas vraiment. Mes quelques tentatives donnaient plutôt l'impression que je m'étouffais. Dommage pour moi.

    Je contournais la fontaine et remarquais alors qu'une estrade se dressait au bout de la place, juste en face de moi. Des marchands s'y succédaient pour vanter les mérites de leurs produits, mais ceux-ci se faisaient généralement huer par la foule avide de prendre leur place. Ils descendaient alors bien vite, déçus, tandis que d'autres se poussaient pour monter sur l'estrade. Fort heureusement, les gardes présents empêchaient tout débordement. Je m'asseyais sur le rebord de la fontaine et plongeait la main dans l'eau. Trop chaude. Mais elle était toutefois plus froide que l'air ambiant, aussi m'en aspergeai-je le visage. Je me sentais un peu mieux. Je laissais ma main dans l'eau, bien décidé à en profiter encore quelques minutes avant de reprendre la route vers les ménestrels.

    C'est alors qu'il se passa une scène si étrange que je fus forcé de regarder. Des gardes traversaient la foule. Celle-ci s'écartait devant eux, apparemment peu avide de se frotter aux lames de leurs lances. Je les comprenais, pour une fois. Il serait bête de perdre sa vie de cette manière, encore que les seuls gens que j'ai vu mourir l'étaient pour cette raison. Un éclat blanc passaient entre les gardes. Je doute qu'un humain aurait pu voir ça, puisque je me souviens avoir une meilleure vue que tous les ménestrels de foire que je connaissais. Cela devait être pareil avec tous les humains. Néanmoins, cet éclat était presque agressif pour mes yeux, mais sa couleur en elle-même m'évoquait trop le froid pour que je m'en plaigne. Elle se dirigeait droit vers l'estrade. Les gardes présents la laissèrent passer, et quand elle atteignit les escaliers, je vis qu'il s'agissait en réalité d'un homme avec les habits les plus éclatants que j'aie jamais vu. Cela devait avoir une signification pour les humains. Mais laquelle ?
    Tandis que je réfléchissais profondément, celui-ci prit la parole :

    - Oyez, oyez, braves gens, mon peuple ! Je suis venu pour vous faire une demande. Avant d’être prêt à accepter les responsabilités qu'incombe ma future royauté, j’ai une Quête à accomplir. La princesse Cunégonde Erwarianne, du royaume de Locklade, est prisonnière d’une sombre sorcière. Je compte aller la délivrer, mais pour cela j’envisage de d’employer quelques gens sûrs et courageux, affin d’assurer ma sécurité. Et si je ne choisi pas un des garde compétent du château, c’est que je sais que vous, mon peuple, possédez les qualités nécessaires. J’attends donc vos propositions.

    Quelle gentillesse de sa part. Il venait de répondre à mes interrogations. Il était normal qu'il portait des habits plus éclatants que ceux des autres, que les gardes le laissent passer et l'escortent docilement : c'était le prince. J'ignorais son nom, mais j'avais au moins déduit son titre. J'aurais pu être heureux. Tandis que des gens se poussaient plus violemment que jamais pour atteindre le prince, des questions me venaient à l'esprit. Il avait parlé d'une quête. Il y aurait certainement des gens à tuer, n'est-ce pas ? Et il proposait à son peuple de l'aider. Je savais que je ne pourrais jamais comprendre ses raisons. Une question en moins. Pouvais-je l'aider ? Ce que je savais, c'est que cette quête pouvait m'aider. Elle pouvait me pousser à tuer, et pas seulement pour me défendre : pour protéger celui qui me donnerait une raison de vivre. Et, avec un peu de chance, il ferait plus froid à Locklade, ce qui n'était pas négligeable pour moi. Je quitterais enfin la vie d'un ménestrel de foire. Je n'ai rien contre eux, mais je ne peux pas dire que j'aimais ce que je faisais. Cela étant, j'étais incapable d'aimer quoi que ce soit, ce qui revenait au même. Pas de manque. Et une possibilité de mourir, peut-être...

    Cela était un point plus noir dans cette mission. Je pouvais mourir. Les aventuriers qui y participeraient pouvaient mourir. Je ne tenais pas particulièrement à la vie. Quelle importance de vivre quand on ne pouvait pas en profiter pleinement ? Mais les autres, eux, le pouvaient. Et s'ils s'engageaient, ils prenaient le risque de perdre bien plus que ce que je possédais. C'était étrange de réfléchir ainsi. Je ne pouvais pas vraiment m'imaginer ce qu'ils ressentaient, mais j'avais quand même une notion de justice en moi. Et je savais que ce ne serait pas juste. Outre mes petits ''désirs'' personnels, il fallait que j'accomplisse cette justice. Que je sauve au moins un homme que je rêve de rêver de tuer.

    Ma décision était prise, je participerais. Je pensais alors à Jasmin. Que dirait-il lorsqu'il ne me verrait pas revenir de ma promenade ? Il s'inquièterait peut-être. Il faudrait que je trouve un moyen de le prévenir. Puis je me rendis compte que c'était inutile : si le prince recevait le soutien d'un fantôme vivant tel que moi, toute la ville serait bientôt au courant. Jasmin l'apprendrait certainement et comprendrait alors que c'était moi qui était parti. J'espérais qu'il comprendrait.

    Le temps que je réfléchisse, l'estrade s'était un peu plus remplie. À côté du prince se dressait un chat. Je suppose qu'on pouvait le qualifier de beau. En tout cas, il m'avait l'air tout à fait correct. Pourtant, je le sentais, ce n'était pas un chat normal. Ce qui me semblait étrange : je sentais quelque chose qu'un humain ne remarquerait pas. C'était étrange... Risible, je crois. Je n'en suis pas sûr. Mais ce chat était très intelligent ; bien plus que tous les animaux que j'avais rencontré jusque là. Je pense que si j'avais eu des émotions, j'aurais ressenti de la sympathie pour lui, car au fond, il était comme moi : seul au milieu du monde étrange des humains. À la place de ça, je le classais dans la catégorie des personnes potentiellement intéressantes. En face du prince se dressait une jeune femme aux cheveux roux flamboyants. Elle attirait l'attention des gens, mais je ne crois pas que ses cheveux soient la seule raison. Elle devait sans doute avoir du charisme et du charme. Du moins, c'est ce que j'en déduisais en observant le visage des hommes qui la regardaient. Ce n'était donc pas sûr du tout. La jeune femme échangea encore quelques paroles avec le prince, avant de se mettre à côté du chat. Tous deux devaient avoir été sélectionnés pour participer à la quête.

    Tandis que j'avançais vers l'estrade, d'autres gens y montèrent et redescendirent aussitôt. Ils n'intéressaient apparemment pas le prince. Je me frayais un chemin vers la foule. C'était aussi étrange. Au départ, les gens poussaient toujours pour aller voir le prince, puis quelques uns me voyaient. Ils criaient alors en sautant en arrière, se frottant la main contre leur bras. J'ignorais une fois de plus ce que ça signifiait, mais je suppose que ce n'était pas quelque chose de gentil, puisqu'ils n'auraient pas des gestes de recul en me voyant. J'avais beau avoir beaucoup appris sur les humains durant mes années passées parmi eux, je ne les comprenais toujours. Étrange, toujours étrange.

    Finalement, je réussis assez facilement à rejoindre l'estrade. Les gardes me laissèrent même passer. Soit ils ne se souvenaient pas de moi, soit ils se fichaient de moi, soit je ne les avais encore jamais rencontrés. Mais qu'importe. Je montais. Une fois sur l'estrade, je me rendis compte que le prince me dévisageait avec un léger air de dégoût et d'inquiétude. Le chat ne semblait pas particulièrement concerné par mon apparition, il avait même l'air plutôt agacé. Quant à la jeune femme, elle avait l'air d'une personne qui vient de perdre une importante somme d'argent, mais puisque cela ne correspondait pas vraiment à l'ambiance du moment, j'en conclus que je me trompais complètement sur ce sujet. Tandis que je les détaillais, je ne remarquais pas tout de suite que le marché était soudain devenu silencieux. C'est lorsque le prince parla que je m'en rendis compte :

    - Qu'êtes-vous ? demanda-t-il.

    Qu'est-ce que je suis ? Mais ai-je donc l'air si effrayant que cela ?

    - Un fantôme vivant, répondis-je doucement pour le mettre en confiance. Je m'appelle H.-K..
    - Un... fantôme ? répéta-t-il d'une voix qui tremblait. Mais... c'est...

    Il semblait ne plus trop savoir quoi faire. Il ne devait pas s'attendre à ce que des personnes non-humaines viennent lui proposer leur aide. Puis il se tourna vers le chat et eut un grand sourire. C'est vrai que je n'étais pas le seul dans ce cas. Il me regarda de nouveau et eut un sourire – crispé, certes, mais un sourire quand même.

    - Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un... fantôme.

    Le mot semblait sortir difficilement de sa bouche. La jeune femme soupira. Elle devait sans doute trouver quelque chose à lui reprocher dans sa manière de parler. Pour moi, elle était simplement différente de celle qu'employait les ménestrels. Pour tout dire, elle était même très proche de celle de mon ami Valerien. Autant dire que cela ne me dérangeait outre mesure – comme si ça aurait pu me déranger...

    - J'ai écouté votre discours sur votre quête et j'ai été... touché, déclarai-je. C'est vrai, l'amour est un sentiment tellement... excitant...

    Le chat étouffa un bâillement. La jeune femme l'imita bientôt. Le prince me regardait toujours d'un air suspicieux. Inutile de tourner autour du pot, donc.

    - C'est quelque chose que je ne connaitrais jamais, continuai-je d'une voix plus ferme. Je suis un fantôme vivant, ce qui veut dire que je n'ai pas d'émotions. Pas de sentiments. Je ne les comprends pas. J'ai appris à les reconnaître chez un humain, à tenter de les imiter, même si c'est très souvent désastreux. Ne vous attendez pas à ce que votre histoire d'amour est une quelconque importance pour moi. Je ne sais pas ce qu'est l'amour, je ne le saurai jamais, et ça me convient très bien. Non, ce qui me motive, ce sont deux choses. La première, c'est la justice. Il serait injuste qu'un homme meurt et perde tant de choses que je ne possède, alors que moi-même, je me fiche de la mort. Je ne tiens pas tellement à la vie. J'ai besoin de trouver des raisons de la conserver. La seconde, c'est le désir de tuer. J'ai toujours rêvé de tuer, du moins, dans la mesure qu'un fantôme vivant peut rêver. Et je crois bien que cette quête peut m'aider à le réaliser.

    Je me tus alors, attendant la réaction du prince. Le chat me regardait, mais j'ignorais ce qui lui passait par la tête. La jeune femme semblait totalement d'accord avec moi. Je l'avais vu manifester plus d'intérêt quand j'avais parler de tuer. J'en déduisis donc qu'elle aimait particulièrement ceci. Ce qui pourrait m'être utile. Elle pourrait certainement m'apprendre à le faire. Quant au prince, ses traits étaient indéchiffrables – on aurait dit les miens. J'attendis encore un peu avant qu'il ne déclare :

    - Eh bien, fantôme... Je pense que votre présence sera bénéfique à notre équipe. Je vous souhaite donc la bienvenue parmi nous.

    J'ignorais s'il avait réellement envie de me voir à ses côtés, ou s'il avait trop peur de ma peau blanche pour me dire non. Quoiqu'il en soit, j'étais sélectionné. J'avais un but dans la vie. Je fis alors ce que fait un humain lorsqu'il est content.
    Je souris.
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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Lun 19 Avr - 22:10


    Le fier Prince Roderic d’Anguerans était prêt à recevoir ses sujets, pour vois qui parmi eux pourrait l’accompagner dans son périple. Malheureusement les première propositions n’étaient pas convaincantes… en tant que leur futur suzerain il était obligé de refuser à des jeunes gens qui dès la première attaque ne faisaient pas le poids. Il n’allait tout de même pas envoyer à la mort ses futurs sujets ! Même si le cœur lui pesait il avait été obligé de les écarter. D’autres sont venus, mais aucun n’avait le profil requis pour accompagner le prince et l’aider à accomplir sa mission. Enfin aucun, bien sûr il avait pu retenir certains, trois compagnons pour être exact, mais à malheur du Prince aucun habitant de Minesdris, ni même du beau Royaume de Lilithès. Bref il avait dû s’entourer de personnes qu’il ne dirigera pas plus tard, donc personne qu’il pourra nommer comme glorieux conseiller, ou chef d’armée après qu’ils aient passé de merveilleux moments à sauver la princesse. Personne en qui le peuple ait une entière confiance vu qu’il était d’origine Lilithèsienne pure et qu’il les représentait ainsi. Tous les beaux projets qu’il avait crée dans son esprit était partis en fumé lorsqu’il s’était rendu compte qu’aucun sujet de son royaume n’était capable de venir l’aider.

    Il s’était résigné à devoir évoluer vers sa belle entourée d’une mercenaire, qu’il fallait à l’évidence garder à l’œil, d’un fantôme-vivant être dont il n’avais jamais encore entendu parler et qui était… étrange et enfin d’un chat qui parlait avec un prénom pompeux… Et dire que c’était les meilleurs qu’il avait vu. Tous ses beaux rêves de magnifique Quête pour aller trouver celle que son cœur avait choisie avaient tourné vers une tournure bien moins chevaleresque. Mais son esprit pratique, bien que quelque peu déçut, s’accommoda tout de même à la situation. Lorsqu’il vit que plus personne ne se présenterai, il convia ses nouveaux compagnons à l’accompagner jusqu’au château pour aller récupérer les affaires qu’il avait préparé et compléter l’équipement des autres.

    La chose ne prit pas longtemps, Roderic avait déjà tout préparé, mais cela suffit quand même au bouche à oreille pour prévenir pour les habitants de la cité pour qu’ils viennent saluer le départ de leur Prince et surtout observer le curieux mélange qui composait sa suite. Des frissons accompagnèrent la vue de H.-K., les gens prirent le chat pour soit un vulgaire char de gouttière soit l’animal de compagnie du Prince et enfin la charmante jeune femme fut bien celle qui apaisait la bonne conscience de la foule, qui se disait ainsi qu’il y avait au moins quelqu’un de "normal" avec le Prince. La troupe sorti de la ville sous les clameurs des habitants et se dirigea droit vers le royaume de Locklade.

    -> Lena Vallendra

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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Ven 23 Avr - 21:52

    Je commençai à m'ennuyer ferme sur l'estrade. Le prince dut refuser de nombreuses candidatures, le plus souvent parce que ces jeunes gens ne savaient pas suffisamment bien se battre, pas assez en tout cas pour être capable de se défendre contre des attaques mortelles. Certains n'avaient jamais combattu de leur vie, pas même avec un bâton ! Cela me semblait extrêmement imprudent de se proposer. Or, ils avaient de quoi s'entraîner. Un bâton est une très bonne arme : j'ai entendu dire que les meilleurs manieurs surclassaient les meilleurs épéistes. Evidemment, ce n'était pas qu'une rumeur : j'avais déjà vu un mercenaire massacrer deux superbes bretteurs qui avaient déjà abattus une demi-douzaine de nos collègues. Moi, j'en étais incapable, et je me doutais bien que des paysans n'arriveraient pas à ce niveau de maîtrise... mais qu'ils n'aillent pas prétendre qu'ils n'avaient pas accès aux armes !

    Ni le chat ni moi ne pipions mot. En ce qui concerne l'animal, je ne peux pas me prononcer, mais moi, je n'avais vraiment pas envie de parler. J'en avais assez d'entendre la noble voix du benêt en chef. Dire que j'allais devoir le supporter pendant tout le voyage...

    Enfin, quelqu'un arriva à mon secours... enfin, je doute qu'il ait fait ça par charité. Il était froid, distant, inexpressif... bref, dès le premier coup d'œil que je lui jetai, il me plut. Il se présenta comme un fantôme vivant du nom de H.-K. ; j'ignorais que les fantômes vivaient, je n'en avais jamais rencontré un seul jusqu'à aujourd'hui ! Il me donnait envie de bailler... jusqu'à ce qu'il me tirât de ma léthargie. Le mot "tuer" attira mon attention et je prêtai oreille à ses propos :

    -
    ... toujours rêvé de tuer, du moins, dans la mesure qu'un fantôme vivant peut rêver. Et je crois bien que cette quête peut m'aider à le réaliser...

    Voilà une motivation juste comme je les aimais ! Ce petit fantôme et moi allions bien nous entendre, je crois...

    Finalement, nous ne fûmes que trois élus. Le chat, le fantôme... et l'humaine. Moi. J'étais habituellement une tâche parmi les autres, un être étrange... cela me faisait bizarre d'être la plus normale cette fois. Et j'étais encore la seule femme. Vivement que je fasse la connaissance de Cunégonde ! ... non, finalement, je retire ce que j'ai dit. La princesse était sans doute une espèce de nouille blonde ressemblant à une poupée de porcelaine, et dont les lèvres procuraient un baiser magique, et toutes les idioties qui vont avec. Tout dans le corps, rien dans la tête. Le genre qui me prendrait pour un larbin, et qui m'enverrait faire toutes ses commissions inutiles, du genre aller chercher un ruban supplémentaire à nouer dans ses boucles somptueusement écœurantes, pendant qu'elle buvait des yeux le prince en lui roulant des pelles. Très peu pour moi. Et j'avais pensé qu'on deviendrait amies ? je devais être déjà désespérée. Comment allais-je bien pouvoir supporter ce prince horripilant ? Et surtout, comment lui nuire comme le souhaitait mon client sans que cela ne se remarque trop ? ...

    Le prince avait perdu de sa superbe depuis qu'il avait compris que nous serions ses seuls accompagnateurs. Forcément, aucun de nous n'avait l'allure d'un chevalier : le chat était un chat, le fantôme un fantôme, bref, ils n'étaient pas humains. Moi je l'étais, mais j'étais aussi une femme, par conséquent il n'avait pas confiance en mes talents. Macho, va. Il lança :

    -
    Bien, alors nous allons nous côtoyer pendant de longues semaines, je crois. Et, je vous en prie, pas de "mon prince" avec moi. (Mon Dieu, pourquoi tout le monde se sent toujours obligé d'ajouter "je vous en prie" lorsque quelqu'un vous demande de l'appeler autrement que par la façon dont vous le faîtes actuellement ? "Je vous en prie, appelez-moi Lena", ça ne le fait pas du tout...) Que diriez-vous de m'accompagner au château ?

    - Un instant ! l'interpellai-je. Comment sommes-nous censés vous appeler ? Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, vous avez oublié de nous donner votre nom.

    Il se frappa le front de la main. Hé oui imbécile, comment as-tu fait pour oublier une chose pareille !

    -
    Je me nomme Roderic Anguerans, mais vous pouvez m'appelez Roderic. Et vous, quel est votre prénom ?

    J'avais envie de lui « Vallendra ! » mais à dire vrai, ce n'était même pas mon vrai patronyme. Il voulait mon prénom ? Bah, il n'était pas très révélateur. Je lâchai :

    -
    Lena.

    - C'est mignon, approuva-t-il. (Mignon ? non, mais franchement, comment osait-il ! dire que je ne pouvais pas répliquer. ) Et vous autres ?

    - H.-K, répondit d'une voix plate le fantôme vivant. Simplement H.-K.

    - Hé bien, c'est très... , commença le prince, mais il eut la bonne idée de se taire (hé, il était peut-être récupérable ? ... je retire, on ne récupère pas un si mauvais sang). Bref, et toi le chat ?

    - Jé souis Bartiméus Linkorius Altazard, répondit l'interpellé, et je fus surprise de constater qu'il avait un nom aussi complet et écœurament aristocratique à souhait.

    - Très joli, commenta amicalement Roderic, et je ne crois pas qu'il ait remarqué le ton un peu condescendant de l'animal. Peu m'importait. Hé bien, Bartiméus, H.-K. et Lena, que diriez-vous de m'accompagner au château ? Je dois prendre mes affaires avant de partir à l'aventure. Et par la même occasion, vous pourrez compléter votre équipement.

    On pourra dire ce que l'on veut... mais tous les princes se comportent de la même façon. Ils vous posent une question mais n'attendent qu'une seule réponse : celle qui leur fera plaisir. Dans son cas, Roderic ne devait même pas penser que nous puissions refuser. Et si j'avais oublié mes affaires, moi, est-ce qu'il m'aurait donné la permission d'aller les chercher ? Berk, comme si j'allais lui demander le droit de faire ce que je voulais... si je commençais comme ça, la terrible Vallendra finirait comme Cunégonde...

    Le passage au château fut une véritable torture. Hé, mais rendez-vous compte, c'était la première fois que je pénétrais dans un château par la porte d'entrée, en plein jour... et surtout en toute légalité ! Quel choc que de voir une foule de gardes en armures brillantes - et trop encombrantes pour être bonnes à quelque chose, à moins que ce ne soit qu'un métier statique où ils sont censés encaisser... pauvres d'eux - vous saluer lorsque vous passez ! ... bon, ok, ils saluaient surtout le prince, mais j'en profitais aussi. Tout cet étalage de richesse et de cérémonial pour... quoi, passer une porte ? J'espérais bien que ce serait la dernière fois.

    Evidemment, à l'intérieur, tout n'était que futile opulence. Les tapis ne servaient à rien : on ne pouvait même pas s'y essuyer les pieds (pas qu'ils soient de mauvaise qualité, non, mais ils étaient si soignés et si majestueux que je n'ai pas osé le faire... j'aurais sans doute finie pendue pour "crime de lèse-majesté" ou une autre bêtise dans le genre). Les chandelles brûlaient en plein jour alors que les couloirs étaient déjà hyper lumineux... et dire que bon nombre de gens n'arrivaient pas à se réchauffer et à s'éclairer le soir ! Quant à la décoration, selon moi, elle était de très mauvais goût : elle était surchargée de dorures qui devaient être en or véritable mais qui me semblaient toc, d'objets insignifiants si fragiles qu'on devait faire attention à ne pas faire trop vibrer le sol en marchant, d'étalages de richesses dont je ne comprenais pas le message, et d'ornements sophistiqués, tellement dans le compliqué qu'ils ne représentaient rien, même pas quelque chose d'abstrait - c'est dire ! Bref, je détestais. Le seul vrai point fort du château était qu'il ne sentait pas mauvais. Mais avec cette forte odeur de parfum et d'encens, à vous faire tourner la tête si vous n'y étiez pas habitué, on ne pouvait pas dire qu'il sentait bon...

    Heureusement, mon prince détesté ne mit pas longtemps à rassembler ses affaires. Il les avait préparées à l'avance, miracle ! peut-être possédait-il la qualité si rare d'être organisé. Me concernant, je ne le suis que pour mes affaires de mercenaire, mes finances et mon matériel si vous préférez, sinon, je déteste l'organisation. Nous complétâmes notre équipement. En ce qui me concerne, parmi mes nouvelles affaires, je choisis une dague d'apparat. Elle était très mal équilibrée, et il aurait fallu beaucoup l'aiguiser pour qu'elle soit légèrement affûtée, mais elle était tellement bien travaillée qu'en la vendant, je devrais en tirer un bon prix. Un petit plus au cas où je serais à cours d'argent. Dehors, les gens se rassemblaient pour le saluer... nous saluer. Ça aussi, ce fut une épreuve monstre.

    Imaginez... une foule entière qui rive ses yeux vers vous, moitié effrayée, moitié euphorique. Une foule qui vous acclame avec beaucoup d'enthousiasme, même si elle ne sait rien de vous. Ses regards qui s'adressent à vous particulièrement et non à l'ensemble de vos compagnons, vous détaillant des pieds à la tête, vous jaugeant, attentifs, avant de détourner le regard avec un sourire rassuré. Vous avez l'impression d'être la marchandise ; vous avez l'impression d'être un martyr condamné à mort. C'est peut-être l'une des choses qui me terrifient le plus à ce jour, être le point de convergence des regards de milliers de gens. J'essayai de capter des mouvements indiquant que telle personne était plus agressive que les autres, mais face à autant de visages, même ma vision tronquée n'y arrivait pas. Ah ! si j'avais su que mon client me réservait d'aussi mauvaises surprises... j'aurais quand même accepté (eh oui, je ne peux pas me mentir, la somme était trop importante...). Il n'empêchait que j'étais extrêmement mal à l'aise. Ce benêt de prince, lui, était dans son élément. Une des rares fois où il aurait l'avantage sur moi... je me le promettais.

    Ce fut d'ailleurs lui qui nous mena. La foule s'ouvrait devant nous, les gens se poussaient en arrière et ne semblaient même pas contrariés ceux de devant leur marchent sur les pieds. La puissance de l'esprit collectif humain est quelque chose que je déteste. Qu'est-ce qu'ils devaient penser de moi ? Tous la même chose, sans doute que je n'avais pas ma place... ou je me faisais un film.

    Enfin, nous quittâmes la ville...









    Ah, malheur ! les routes elles-mêmes étaient bondées. De nombreux paysans piétons, qui allaient et venaient pour leur travail, nous regardaient ébahis - ils n'avaient pas dû contempler leurs princes souvent. Parmi ceux qui possédaient une charrette, ceux qui s'étaient déjà engagés vers la porte s'efforcèrent d'enlever leur véhicule du chemin pour que nous puissions sortir à notre aise, sous la direction zélée de dizaines de gardes. Les carrosses et autres voitures aristocrates avaient été immobilisées ; parfois, leurs occupants sortaient pour saluer le prince, mais beaucoup préférèrent s'abstenir, peut-être parce que la route était légèrement boueuse. Couards, va.

    Le premier à remarquer qu'il y avait un problème, ce fut le fantôme vivant.

    -
    Nous ne pouvons pas parcourir tout le chemin à pied, raisonna H.-K, et il ne se plaignait pas : il énonçait un simple constat. Je me fis la réflexion que je devrais lui demander des conseils pour améliorer mon inexpressivité. Le royaume de Locklade est à une distance trop importante.

    - Vous avez raison, H.K, approuva le prince. L'écurie du château n'a pas pu nous fournir de bonnes montures car mon père le roi organise bientôt un tournoi de chevalerie, et il en aura besoin. Un de mes conseillers a néanmoins réussi à nous fournir des étalons potables qui nous attendent dans un village voisin. Une diligence va nous y mener.

    Je repérai le véhicule qu'il nous désigna. Il m'aurait été très facile de deviner que c'était celui du prince : c'était le plus grand, le plus gros, le plus beau. Les nobles avaient pourtant de très belles voitures ; une seule m'aurait coûté toutes les soldes que j'ai eues, que j'ai et que j'aurais, multiplié par dix - en comptant bien sûr la somme promise par mon actuelle client, ce qui n'est pas peu dire. Bref, un étalage de leurs fortunes détestable. La propriété du prince était mille fois pire, je crois. Je peinais à distinguer la couleur de la base tant il était chargé en ornements. Le toit était surmontée d'une immense statue de griffon en or, presque trop grosse par rapport au reste ! C'était tout sauf humain.

    Quiconque s'y serait assis aurait trouvé les sièges extrêmement confortables. Mais moi, qui n'ai jamais posé mon derrière minable sur d'aussi augustes banquettes, je les jugeai trop confortables. Trop moelleux, épousant trop toutes les formes de mon corps... du luxe quoi. Le prince Roderic s'y assit, raide comme un piquet et pourtant parfaitement détendu. Bah, il devait avoir l'habitude. Le chat prit ses aises pour s'installer. Je crus même l'entendre ronronner, mais je n'en étais pas sûre. H.-K ne s'embarrassait sans doute pas de considérations aussi matérielles que la manière de s'asseoir - il s'assit, point. Il n'y avait que moi qui gigotais, mal à l'aise. Je hais les banquettes trop agréables.

    Le trajet fut si bref que nous ne trouvâmes même pas le temps de bavarder. De toute façon, je n'avais rien à dire... enfin, si, j'aurais voulu exprimer mon mal-être actuel, mais je n'allais certainement me ridiculiser dès le départ. J'étais quand même une mercenaire, non ? J'avais vu pire. Pendant le court laps de temps, je contemplai le paysage. Mais rien n'accrocha mon regard. Ma vision est toujours incomplète : je ne vois que certains aspects des panoramas qui se succèdent devant mes yeux. Je le sais, parce qu'on me l'a fait remarqué. Malheureusement, j'ai bien peur que ce qui est exact pour mon regard l'est également pour ma vision globale de la vie. Pauvre de moi. Pour en revenir à nos moutons, rien ne me paraissait dangereux au dehors. Dans la diligence, j'estimais que mes trois compagnons l'étaient. D'abord, il y avait Roderic : j'étais persuadée qu'il était idiot, et puisqu'il commandait notre groupe, j'allais forcément me retrouver dans des situations impossibles et périlleuses... au temps pour ma sécurité. Après, il y avait Bartiméus. Lui, il avait l'air d'avoir un sacré caractère et une très haute opinion de lui-même. Il n'hésiterait pas à envahir mon espace, et tant pis si je devais prendre des risques à cause de lui. Et puis, c'était un chat. Un animal doué de parole, ce n'est pas naturel : il cachait forcément quelque chose. Et qui dit secret dit nocif. Mais celui qui me plaisait le plus, et que je craignais le plus, c'était H-.K. Bon, d'accord, il était incapable de tuer... mais c'était ce que lui disait. L'ennemi le plus dangereux est celui que l'on n'arrive pas à décrypter. Il était l'idéal que je cherchais à atteindre, et c'était en cela qu'il était dangereux pour moi. Aux deux autres, je pouvais encore attribuer certains traits de caractère. Lui n'en avait aucun ; il semblait toujours réagir de façon neutre, mais si c'était un masque abritant un univers de fourberie et de violence ? Je sais, je peux paraître paranoïaque, mais telle est ma manière de réfléchir.

    Non, je n'ai pas eu le temps d'y penser pendant le "voyage". C'était ce que je pensais depuis que je les avais rencontrés, et rien ne m'avait fait changé d'avis.

    Oh, et avec cela, je n'avais pas eu les moyens de vérifier si mon client quittait bien la ville. Parce que son avance, bien que déjà conséquente, n'était pas suffisante pour que je sillonne les routes en pareille compagnie.

    Le village ressemblait à un village. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je captais surtout les bruits d'outils métalliques, plus que les cris d'enfants, pourtant plus forts. Je voyais surtout des silhouettes dont je ne distinguais rien, maisons et gens. Tout était trop banal pour retenir mon attention. La pierre était rugueuse et mal taillée, le sol boueux et herbeux. Les gens portaient de simples hardes peu colorées.

    Mon petit prince ordonna au conducteur de s'arrêter à peu près au milieu du village. Il sauta à bas de la diligence, s'enfonçant dans la terre jusqu'à mi-mollet. Haha, ses bottes allaient être fichues ! Non, je ne riais pas, ça aurait été trop puéril. Le chat ne fut pas très content de descendre, mais il finit néanmoins par le faire - je captai toutefois un "cretina" marmonné entre autres mots grommelés. H.-K. n'avait pas dû remarquer qu'il pataugeait dans la gadoue. Je quittai la diligence avec joie. Traitez-moi de folle, mais j'adore marcher dans la bourbe. Non, ça ne me rappelle pas mon enfance, c'est juste que je sais que les nobles détestent ça.

    L'écurie ne payait de mine, de l'extérieur, et je n'y pris pas garde. Mais l'intérieur puait le cheval, le crottin et la sueur. Je ne me bouchai pas le nez, préférant contempler les box. Oh, de jolies petites montures de toutes les couleurs, ou presque ! Le propriétaire, qui s'adressait au prince, était un paysan un peu mieux vêtu que les autres. Vu ses bêtes, ça ne m'étonnait pas.

    Je captai quelques bribes de conversation.

    -
    Seulement trois compagnons, mon prince ? Se peut-il que le peuple ne soit point digne de vous ?

    - Non, contra Roderic avec conviction. Mes sujets sont trop dignes pour que je sacrifie des jeunes prometteurs mais incapables de se défendre.

    Discours appris par cœur ou réelle conviction ? Je me désintéressai du dialogue... jusqu'à ce que Bartiméus fasse une esclandre.

    -
    Mais jé souis oune compagnon à parte entière ! s'exclama-t-il. J'ai le droit à ma propre montoure, ne ?

    - Vous n'avez pas une taille assez importante pour guider une monture, expliqua le propriétaire sur un ton très professionnel. De plus, elles sont toutes habituées au contact humain. Sauf votre respect, vous êtes un chat.

    - Jé souis capable de me débrouiller !

    - On te trouvera éventuellement un cheval plus tard, mais là, ce ne sera pas possible, intervint le prince. Mon ami ne voudra pas t'en fournir un, et je respecte sa décision.

    Quoi, ils pensaient faire monter un chat tout seul ? Je me demande comment il aurait pu contrôler sa monture...

    Ils décidèrent d'un commun accord de me laisser choisir la première. Oh, dieux, ne me dîtes pas qu'ils étaient galants ! pour le propriétaire, je m'en fichais, mais si le prince l'était, il allait passer de sales quarts d'heure avec moi... L'homme m'emmena du côté des juments - à l'évidence, pour lui, à une cavalière on donne une pouliche. Peu m'importait. Non, ce qui était grave, c'était que la plupart était plutôt belle que robuste ; pire, quasiment toutes étaient blanches. Or, je n'aimais pas cette couleur. J'en vins une à l'encolure grise, une de teinte chocolat, et... ah, enfin un destrier pour moi ! C'est une belle jument à la robe noire, au large poitrail et aux yeux de glace. Elle m'avait l'air parfaite. Elle correspondait exactement à mes désirs privés.

    Le propriétaire par contre n'en était pas persuadé. Si je n'avais été qu'une vulgaire cliente, il aurait été ravie de me la refiler. Mais j'accompagnais le prince, du coup, il n'était pas très chaud de m'accorder une monture qui avait autant de caractère. Enfin, c'était ce que lui disait. Je la trouvais plutôt calme, moi. Elle avait l'air même très gentille envers moi...

    -
    Vous l'impressionnez, lâcha le propriétaire.

    Vraiment ? Avait-elle un sixième sens lui permettant de détecter les assassins sans remords, ou était-ce juste parce que je ne ressemblais pas aux femmes qu'elle avait l'habitude de côtoyer ? Mystère.

    La jument se nommait Marâtre - un sobriquet tout à fait insultant et inapproprié. Je me demandais si elle répondrait à un autre nom. Sans doute pas. En tout cas, Marâtre était révélateur du comportement que lui attribuait le palefrenier. Et c'était aussi très moche. J'ai beau ne pas aimer les animaux, je ne comprends pas pourquoi leurs maîtres leur donnent des noms ridicules, comme Coco - en plus d'être risible, il était courant - ou d'utiliser des mots, comme Éclair, Domino ou... Marâtre. Si elle m'avait appartenu depuis la naissance, je l'aurais plutôt appelée Gabrielle. Ou Linus si c'était un mâle. Oh, il est vrai que cela manque d'originalité et que ce ne sont pas mes prénoms préférés ; mais bon nombre de gens se seraient demandé pourquoi un tel nom. Et s'ils se posaient la question, j'avais rempli mon objectif. J'adore embrouiller les gens.

    Je laissais un gamin palefrenier préparer Marâtre pour le long voyage. Bien que jeune, à mes yeux il avait l'air tout à fait professionnel - mais comme je n'y connais rien... Le propriétaire proposa à H.-K. de choisir. Roderic, lui, discutait avec Bartiméus pour savoir si oui ou non le chat pouvait monter son propre cheval. Je choisis d'ignorer leur conversation et sortis.

    Dehors, le village s'activait, mais je ne voyais pas les paysans. Mes yeux captaient leurs mouvements, mais mon cerveau refusait de les enregistrer. Par contre, je repérai immédiatement le milicien. Il n'avait pas une tenue extravagante ou opulente, non, elle était simple, mais un peu trop propre et trop confortable pour appartenir à un villageois. Son maintien était également différent : il se tenait beaucoup plus droit, d'une posture un peu fière mais pas trop, et paraissait vigilant. Son regard pâle semblait enregistrer les moindres détails. Il passa un moment sur moi, s'attarda quelques secondes, m'examinant de la tête au pied, avant de se reporter sur une vieille fermière qui peinait à soulever un sac. Il n'était pas en uniforme, mais nul doute sur la manière dont il gagnait son pain. Pourquoi un milicien, et pas un criminel ? Parce qu'il n'avait pas l'habitude de l'ombre, il ne se cachait pas dans l'exercice de sa fonction. S'il avait reculé de deux pas, il aurait pu vraiment se fondre dans le décor. Mais il restait obstinément debout en pleine lumière. Représentait-il la loi dans ce village ? Ou au lieu d'un garde qui n'arrivait pas à se départir de ses habitudes un jour de repos, avions-nous affaire à un espion engagé par Roderic ? Je le croyais stupide, mais pas assez pour ne pas songer à couvrir ses arrières. Avec un chat qui parle, un fantôme vivant et une mercenaire facilement corruptible, j'aurais fait de même. Mais un milicien, tout de même... ça ne ressemblait pas à un choix qu'aurait fait le prince. Quoique, peut-être que je ne le connaissais pas assez.

    Ou peut-être que j'étais complètement à côté de la plaque.




    Tout à coup, j'entendis un toussotement discret. Ils avaient tous trouvé leurs montures.




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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Lun 28 Juin - 16:17


    Dieu décide que vous avez suffisamment attendu Chaussette. C'est à H.-K. de continuer.

    La punition pour le félin sera de se retrouver nez-à-nez avec une chaussette lorsque ce sera à son tour de répondre. Une menace pour lui dire que son vrai prénom peut à tout moment être révélé.

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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Mar 29 Juin - 23:31

    Trouver une monture fut extrêmement difficile pour moi. Quand je m'approchais des chevaux, ils poussaient des henissements de terreur et se recroquevillaient au fond de leur box. Je les comprenais, j'avais un aspect effrayant, et les chevaux ne voyaient pas les choses comme les humains. Pour les humains, j'étais humanoïde, ce qui leur suffisait pour ne pas me tuer dès qu'ils me croisaient. Pour les cheveux, j'étais pleinement un fantôme. Je trouvais ça troublant, mais je choisis de me taire. Cela ne concernait que moi.

    Le propriétaire semblait embarrassé. Nul doute qu'il avait remarqué mon aspect étrange. Dans d'autres circonstances, il ne m'aurait jamais laissé approcher de ces chevaux, j'en étais persuadé. Mais accompagnant le prince dans sa quête, il ne pouvait se résoudre à le contrarier. Je songeais que son refus de donner un cheval au chat devait venir de là. Il devait déjà donner un de ses chevaux à une créature, cela était indiscutable, parce que j'avais la taille et la forme d'un être humain classique. Cela le contrariait assez comme ça. Alors gaspiller un second cheval pour un chat devait lui sembler intolérable. Et le prince ne pouvait sans doute pas le lui imposer parce que, le tournoi de chevalerie approchant, vendre ses chevaux à cette époque ne serait guère intéressant.

    Finalement, nous approchâmes du dernier box. Celui-ci contenait un jeune cheval, presque trop jeune pour la chevauchée qui l'attendait. Il n'était pas totalement dressé et ses muscles manquaient encore de force. Mais c'était le seul qui acceptait ma présence. Le propriétaire décida à contre cœur de me le donner, tout en me précisant bien toutes les difficultés que ça allait me causer. Je le remerciai avant de sortir, ma nouvelle acquisition à mes côtés.

    - Mon ami, lui soufflai-je, je sais que j'ai un aspect effrayant et que je ne suis pas humain. Mais crois-moi, je ne te ferai pas de mal. Tu souffriras sans doute, parce que tu vas devoir suivre la cadence de chevaux plus expérimentés que toi. Mais tu t'endurciras, tu verras. J'ai confiance en toi.

    Après quoi, je revenais vers le vendeur pour lui demander son nom. Il m'avoua que la bête se prénommait Gâterie, mais qu'elle refusait de répondre à celui-ci ; à moins de lui en trouver un.

    J'étais bien embêté. Je n'avais jamais songé que je devrais un jour nommer quelqu'un. C'était une sacrée responsabilité, que je ne me sentais pas près d'assumer.

    Je revins vers le cheval qui me regarda avec ses yeux doux. Je lui souris, essayant de lui donner en retour la même douceur qu'il me donnait. Puis je le prénommais. Il prendrait le même nom de famille que le mien, Hereoff. Quant au prénom, je l'appelais Ivios. H-I. Un nom parfait. Le cheval sembla satisfait et me souffla doucement dans le cou.

    J'entendis alors la voix du prince appeler au départ. Entre temps, il s'était trouvé une monture, un superbe mâle doré et aux muscles puissants. Le cheval dégageait la même assurance que son maître. Je ne savais si c'était un bonne chose. Puis je vis que le chat était installé sur la selle devant le prince. Le regardant, je vis qu'il avait l'air plus irrité que jamais. Le vendeur s'était montrer intraitable, et le chat devait chevaucher avec le prince. Je songeais que c'était une bonne chose que ce soit Roderic qui le porte. Le chat n'oserait jamais faire de mal au prince, qu'il devait aider dans sa quête. En revanche, rien n'était sûr pour Lena et moi. Lena paraissait elle aussi contrariée, et leur duo aurait créé des étincelles. Quant à moi, j'étais certain que le chat aurait essayé de me voler les rênes du cheval sous prétexte que je n'étais pas humain non plus. Cela aurait également mal fini. Le prince sonna alors l'heure du départ et nous nous élançâmes à sa suite.

    La matinée fila de même que nous traversions les champs. Ainsi continua l'après-midi. La route était devenu un large chemin de terre boueux peu empruntait. Peu à peu, le paysage devenait de plus en plus sauvage et les champs se raréfiaient. À la place se dressaient des grandes plaines sauvages aux herbes plus hautes que moi. Plus le temps passait, et plus la chaleur augmentait. Je me sentais de plus en plus faible sur H.-I., je transpirais à grosse gouttes. Comble du malheur, H.-I. non plus ne sentait pas bien. Il faiblissait déjà alors que les deux autres chevaux ne semblaient même pas essouflés. Je murmurai à mon cheval qu'il devait suivre les deux autres, que les perdre étaient très dangereux, et que nous n'avions pas le droit à l'erreur. Il avançait péniblement, mais je n'étais pas en position de l'aider. Sans lui, je serais déjà au bord de la route, assoiffé. Je me dis alors que j'aurais dû prévenir le prince de ma vulnérabilité à la chaleur. J'essayais de ne pas boire toute l'eau prévue pour le voyage. Je souffrais déjà de la soif, plus sensible à la chaleur que les humains.

    Je m'endormis alors sur ma selle pour conserver mes forces.

    La fraîcheur de la nuit me fit me réveiller. Mes compagnons avaient pris de la distance. Je ne les voyais presque plus. Je les regardai béatement. Je suppose qu'un humain aurait juré pour avoir fait preuve d'une telle stupidité. Mais je n'étais pas comme ça. Je m'étais certes montré stupide, mais je ne m'énervais ni ne m'apitoyais sur mon sort. C'était ma faute, eh bien, tant pis. Aucun d'entre eux n'avait songé que je pourrais ne pas être capable de suivre leur mouvement. Aveuglé par mon absence de sentiment, ils avaient dû me penser invicible. Cette pensée-là devait être risible.

    H.-I., abandonné à son propre sort, suivait toujours nos compagnons, mais sa cadence permettait à peine de ne pas perdre de vue les autres. Il n'avait pas jugé nécessaire de se tuer à la tâche, et je le comprenais. À présent réveillé, je bus le reste de ma gourde avant de descendre à terre pour soulagé mon cheval de mon poids. Rafraîchi et un peu désaltéré, je me sentais mieux. J'ouvrai une nouvelle gourde pour H.-I., le fit boire un peu, puis je le fis courir à mes côtés, pas trop rapidement pour que je puisse suivre son rythme.

    Cette technique fonctionna très bien, puis je rattrapai la troupe une heure après qu'elle eut dressé le campement nocturne. Le chat était confortablement installé sur une sorte de coussin et soupirait de contentement. La jeune femme était assise auprès du feu et avait entrepris d'aiguiser la lame d'une jolie dague, sans doute pour ne pas laisser libre cours à sa colère contre le prince. Quant à ce dernier, il se leva d'un bond quand il me vit et me parla :

    - H.-K., vous revoilà. Je suis ravi de vous revoir. Je vous croyais mort, ou pire encore... Venez vous asseoir autour du feu...

    Malgré ses efforts pour être poli, je vis bien que le prince n'était pas vraiment content de me revoir. S'il ne désirait pas ma mort, ma présence ne l'enchantait pas non plus. Je voyais bien la peur et le dégoût dans ses yeux. Décidé à me montrer courtois, je lui offris le sourire le plus doux que je pus imiter, avant de lui faire part de mes problèmes.

    Quand j'eus fini, je regardais le prince avec inquiétude. Sa réaction était étrange, trop complexe pour que je puisse l'examiner. À le voir, je me demandai si le prince avait peur, s'il était terrifié, en colère, dégoûté, sur le point de me tuer, ou s'il avait une soudaine envie de carottes. Mais puisqu'il n'y avait pas de carottes dans le coin, et qu'il était sans doute habitué à une nourriture plus convenable à son rang, je doutais que cette dernière hypothèse soit la bonne. Quoique, et si justement son rang lui donnait des exigences toutes particulières ? Alors, l'idée qu'il ait envie de carrottes n'était pas si incohérente que ça.

    Finalement, il m'ordonna de remplir désormais mes gourdes à la rivière. Ainsi, je pourrais boire autant que je le désirais sans mettre en péril les autres. Puis il repartit vers le feu, visiblement mécontent. Que ce soit à cause de moi ou d'une envie de carottes insatisfaites ne changeait rien à ce constat.

    Quand vint l'heure du repas, le prince chargea Lena de cuisiner et de faire le service. Cela ne plut pas à la jeune femme. Elle demanda pourquoi elle, justement. Parce qu'elle était une femme ? Elle trouvait cela injuste, mais tentait de garder sa colère en elle. Elle avait toutefois l'air assez menaçante avec sa dague fraîchement aiguisée pour que le prince recula.

    - Je suis désolée, Lena, expliqua-t-il, mais il faut vous rendre à l'évidence. Il ne convient pas à un prince de faire la cuisine, qui plus est quand celui-ci dirige l'aventure. Quant à Bartiméus, le voyez-vous faire la cuisine, franchement ? C'est un chat, il ne peut pas !

    - Cé n'est pas que jé ne pouis pas, c'est que c'est indigne de moi !

    - Vous voyez ? Et quant à ce pauvre H.-K...


    Je le vis nettement hésiter. Je savais ce qu'il voulait dire. Il avait peur que je contamine la nourriture. Il ne voulait pas que je l'approche non plus. Mais il n'osait pas le dire clairement.

    - Laissez-moi m'en occuper, dis-je finalement. Je peux très bien le faire, si toutefois Miss Lena accepte de cuire les aliments pour moi.

    La jeune femme ne sembla pas radoucie par cette courtoisie. Au contraire, elle avait l'air toujours aussi furieuse. Sa rage était-elle dirigée contre moi, à présent ?

    Elle réfléchit un peu puis dit :

    → Lena Vallendra
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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Lun 19 Juil - 15:37

    Nous entamâmes donc le chemin qui nous mènerait à cette fameuse princesse Cunégonde. Bartiméus, monté sur le destrier de Roderic, marmonnait des paroles dans une langue que je ne comprenais pas. Dans sa fierté typiquement aristocrate, le prince semblait ne rien remarquer de spécial et se contentait de mener la marche en silence. Marâtre suivait plutôt bien, je dois l'avouer. En revanche, très vite, H.-K. se laissa très vite distancer. J'ignore de quoi il souffrait, mais à ce rythme là, nous ne rendrons pas vite à Locklade.

    Lorsque le fantôme vivant ne fut plus qu'une tâche derrière nous, je demandai au prince de l'attendre.

    -
    Allons, rétorqua-t-il avec un sourire malicieux, il nous rejoindra lorsque nous monterons le camp. Difficile de se perdre, vous savez, Lena...

    Je pense en réalité qu'il s'en fichait un peu du fantôme, effrayé par sa nature contradictoire.

    Bien qu'il n'ait pas tort - nous suivions une route sauvage et peu empruntée, mais qui restait néanmoins facile à suivre - je ne pus m'empêcher de grommeler quelque chose à propos de ces "princes stupides qui sont prêts à abandonner leurs compagnons à la moindre difficulté". Par chance, Roderic ne m'entendit pas, sinon, je pense qu'il l'aurait sans doute interprété de travers.

    Le soir tomba finalement très vite. Nous avions bien avancé, mais nous n'avions toujours pas quitté Lilithès. J'ignorais à quelle distance se situait alors Locklade, mais j'avais déjà compris que nous étions bons pour de longs, longs jours de chevauchée éreintantes. Nous montâmes le camp - je m'étais contentée de monter la mienne, les autres n'avaient qu'à se débrouiller - en attendant H.-K. Le chat, Bartiméus, s'installa sur un coussin qu'il avait sorti de je ne savais où. Je m'assis un peu plus loin, à même le sol, n'ayant pas peur des conditions de vie spartiates, et décidai d'aiguiser mes lames. Hé oui, ce n'était pas parce que nous n'avions pas à nous battre à Lilithès que ce serait le cas ailleurs. Sans compter que même ici, nous pouvions tomber sur des brigands et autres coupes-jarrets. De toute façon, je m'en occupais chaque soir, prenant bien soin d'elles. Je défis donc mes mitaines et mes brassards en cuir clouté, histoire de ne pas les abîmer - j'avais en effet revêtu ma plus belle armure pour rencontrer mon "client", bien que j'ignorais encore qu'il s'agissait du prince. Autour de mon poignet droit s'enroulait une longue forme proche d'un serpent ailé. Sa tête, aux détails surprenants, reposait doucement sur le dos de ma main. Mon tatouage en forme de dragon était l'une de mes plus grandes fiertés, en plus de la couleur orange de mes yeux.

    -
    Joli tatouage, commenta Roderic. Mais, ce n'est pas très féminin, je crois ?

    De quoi se mêlait-il celui-là ? Je me retins à grand peine de lui hurler dessus, consciente que d'être en colère contre lui ne m'apporterait que des ennuis supplémentaires, et je sortis mon cimeterre que je commençais à aiguiser rageusement.

    Ce ne fut que lorsque je m'occupais de mon poignard - ma plus belle arme, celle que j'ai conquis le moins légalement - que le fantôme vivant fit son apparition dans le camp. Le prince se leva immédiatement pour l'accueillir ; toujours aussi énervée par sa remarque, je ne levai pas la tête de mon travail et continuai d'aiguiser la lame brillante.

    Quand j'en eus terminé avec le poignard, et que j'eus fini d'aiguiser ma dernière arme, mon petit stylet très pratique pour l'assassinat, le prince osa me demander de cuisiner et de faire le service.

    PARDOOOOON ?!!!!

    Il rêvait.

    -
    Et pourquoi moi, prince ? répliquai-je vivement, terriblement offensée. Parce que je suis une femme ?

    Je venais de ranger le stylet dans mes bagages, mais j'avais gardé en main mon poignard. J'imagine que je devais faire peur : je devais avoir les yeux d'une folle meurtrière, le visage déformé par la rage et la main serrée amoureusement sur le poignard. Une vraie furie, quoi. Je m'étais vue, une fois, dans un tel accès de rage, parce que j'étais face à un miroir. Croyez-moi, ce n'était pas beau à voir.

    A ma grande satisfaction, le prince se mit à reculer, un peu effrayé par mon attitude. Il n'avait sans doute pas remarqué que j'étais un peu orgueilleuse.

    -
    Je suis désolée, Lena, affirma-t-il d'une façon peu sincère, mais il faut vous rendre à l'évidence. Il ne convient pas à un prince de faire la cuisine, qui plus est quand celui-ci dirige l'aventure. Quant à Bartiméus, le voyez-vous faire la cuisine, franchement ? C'est un chat, il ne peut pas !

    -  Cé n'est pas que jé ne pouis pas, c'est que c'est indigne de moi ! corrigea le chat.

    Je mourrai d'envie de leur dire que quand on veut, on peut, et que ça ne convenait pas non plus à une brillante mercenaire de ma trempe de m'abaisser à de telles tâches. Bande de machos...

    -
    Vous voyez ? Et quant à ce pauvre H.-K...

    Je compris qu'il ne voulait pas parler de sa fatigue, mais bien de sa nature de fantôme vivant. Comme tous les princes, Roderic s'avérait être un grand hypocrite. Je n'avais qu'une envie : lui enfoncer mon joli poignard dans le cœur. Mais deux choses me retint. Tout d'abord, l'appât du gain. Je savais que ma mission était de nuire au prince, mais je ne pensais pas que cela plairait à mon véritable employeur si je me mettais à assassiner ma victime sur un coup de tête. Au fond, la mort aurait été une mission plus facile, car je ne voyais pas vraiment ce qu'il attendait de moi.

    La deuxième chose, ce fut que le fantôme vivant intervint :

    -
    Laissez-moi m'en occuper. Je peux très bien le faire, si toutefois Miss Lena accepte de cuire les aliments pour moi.

    Bon. Il venait de sauver la tête du prince, mais il n'avait pas daigné m'éviter la corvée si terrible de cuisine. Ai-je déjà dit que je trouve cela vraiment barbant ? Surtout qu'en réalité, je ne m'y connais pas en cuisine : lorsque je travaille, je mange avec mes employeurs ; lorsque je suis seule, mes rations de survie n'ont besoin que d'être réchauffées. Cuire des aliments ? Mission impossible.

    Une idée me vint. Je les regardai tous avant de lâcher :

    -
    D'accord, d'accord. Moi ça me va. Mais demain, ce sont ces deux imbéciles qui iront aux fourneaux.

    - Crétina toi-même ! me renvoya hargneusement Bartiméus.

    J'eus brusquement envie de déguster un ragoût de chat. J'étais même prête à le cuisiner moi-même tellement la tentation était forte, je voulais absolument lui trancher la gorge.

    L'étincelle meurtrière habitant mes yeux lorsque j'ai envie de tuer devait être réapparue, car le prince s'empressa d'intervenir :

    -
    Oui oui, Lena, nous verrons demain. Mais je vous promets que vous n'aurez pas à cuisiner...

    - Ni moi, ni H.-K., coupai-je sèchement.

    Coincé. Le prince grimaça avant d'acquiescer de mauvaise grâce.

    Je m'approchai du fantôme vivant et lui murmurai un remerciement pour son aide précieuse. Il haussa les épaules, comme s'il ne comprenait pas très bien pourquoi je le remerciai, et je laissai tomber. Je lui demandai ce qu'il avait l'intention de préparer, et j'en eus l'eau à la bouche.

    -
    Un pot au feu ! répétai-je avec délice. Mais cela risque d'être long à cuisiner, tu ne crois pas ? Mon père le cuisait pendant des heures.

    - Oh, certes, répondit placidement H.-K. Mais nous avons tout notre temps, n'est-ce pas ?

    Je compris où il voulait en venir. J'admirai réellement son intelligence.

    Sous ses instructions, je commençai à cuire le plat - mettre la viande à bouillir, y ajouter les légumes préparés par le fantôme, laisser mijoter... - en fait ce fut plus simple que je ne le pensais. Sans être une experte, je réussissais à faire quelque chose de mangeable. Le prince et, surtout, Bartiméus nous regardaient souvent de leurs yeux d'affamés. Ils demandaient toujours des nouvelles, impatients de se rassasier, mais inlassablement, H.-K. les remettait calmement à leur place et les enjoignait à patienter. Je riais sous cape.

    Au bout du plusieurs heures - on devait approcher de minuit, le plat fut prêt à être servi. Le prince ne fit aucune réflexion sur le plat, qui n'avait jamais dû figurer sur les tables royales, ni sur l'heure tardive, ce qui m'étonna grandement. En revanche, le chat n'arrêtait pas de se plaindre que c'était indigne de sa personne. Il devait avoir une aussi haute opinion de lui que moi - sauf que lui évidemment n'avait aucune raison d'être fier de lui.

    Et puis, tout le monde se coucha. Ou presque.

    On m'avait choisi pour effectuer la première garde, H.-K. ayant eu une journée éreintante, le chat, malgré sa vision nocturne, ne nous inspirant pas tellement confiance - sérieusement, confieriez-vous votre vie à un chat qui parle avec un drôle d'accent et qui fait preuve d'un narcissisme monstre ? moi pas - et le prince ayant juste envie de dormir. C'était d'ailleurs Roderic que je devais réveiller lorsque ce serait son tour.

    Pendant les premiers quarts d'heure, le silence était total. La lune était noire. Je me sentais dans mon élément : j'avais l'habitude des veillées, de monter la garde pendant la nuit. A force de le faire, j'avais développé ma vision nocturne. Certes, elle n'était sans doute pas aussi importante que celle de Bartiméus, mais elle suffisait largement pour l'usage que je voulais en faire. Je savais au moins où regarder dans le noir, et je savais entendre. Je ne fixais pas le point qui m'intéressait, mais l'observais par le biais de la vision périphérique. J'effectuais un certain type de mouvement pour détecter chaque mouvement. Je distinguais des formes, des silhouettes. Je sentais les présences autour de moi. Le feu brillait dans mon dos, mais je ne le remarquai pas. Je scrutai les ténèbres qui nous entourait.

    Une branche craqua. Or, dès que je l'entendis, je compris immédiatement que ce bruit avait été intentionnellement causé. Et je devinai qui en était le responsable.

    Je me tournai vers mes compagnons, vérifiant qu'ils dormaient tous profondément. Étant donné que certains ronflaient plutôt fortement, je décidai que je pouvais jouer la gardienne. Je m'enfonçai dans les champs, à la recherche de mon client.

    Tout d'abord, je ne discernai rien dans l'obscurité, que des épis de blé. Je savais que je n'étais pas d'une discrétion parfaite, cela dit, mon avancée émettait le bruit du vent - c'est une de mes astuces, lorsqu'on ne peut être totalement silencieux, il faut imiter l'environnement. En théorie, c'est très facile ; en pratique, cela demande énormément d'entraînement - mais au fond, j'aurais presque pu avancer normalement. On m'attendait.

    Enfin, une forme plus sombre que les alentours se dessina. Une seule : celle d'un homme assis, silencieux, complètement immobile. Pas de monture près de lui, ni de feu de camp, ni... rien. Il était là, seul, à m'attendre. Jusque là, ma seule crainte concernant cette mission avait été d'être découverte par Roderic et, par conséquent, de ne pas toucher ma prime. Mais à le voir, ainsi, espionner notre campement, et nous suivre sans que personne ne remarque rien... je compris soudainement qu'il était bien plus dangereux que ce que j'avais imaginé. J'avais tout intérêt à remplir ma mission, et pas seulement pour la fortune qu'il pouvait me procurer...

    -
    Je savais que vous viendriez, Vallendra, murmura-t-il, et sa voix me donna des frissons.

    Il semblait véritablement inhumain, et bien plus doué que moi. Même lorsqu'il se leva, il ne fit pas le moindre bruit. J'osais espérer qu'il ne verrait pas mon expression admirative devant ses talents lorsque je lui demandais à voix basse :

    -
    Euh... je peux savoir ce que tu fais ici ?

    - Vos compagnons dorment-ils ? coupa-t-il sans prendre en compte ma question.

    Je tournai la tête vers le campement. Bon sang, il était sacrément loin ! Il se limitait à un petit point de lumière. Pas étonnant que mon client ait pu passé inaperçu ! ... cela dit, il aurait pu se poster à quelques centimètres de nous que nous n'aurions rien remarqué. Il avait dû craquer très fort cette branche pour que je puisse l'entendre de là-bas.

    -
    Il me semble, répondis-je.

    - Parfait. Vous ne manquez pas de courage.

    Je restais silencieuse. Cette remarque ne me plaisait pas vraiment, d'autant plus de sa part.

    -
    Le coup du pot au feu a dû l'embêter, ajouta-t-il dans un sourire menaçant. Mes félicitations.

    - Euh... en fait, eh bien... ce n'est pas mon idée, avouai-je, si impressionnée que je me doutais qu'il était déjà au courant.

    Son sourire s'élargit, devint un peu plus sympathique. Qu'est-ce que je faisais là ? Aucune mission ne valait autant d'argent ! Je n'aurais jamais dû accepter de travailler pour lui. J'allais sans doute finir par me faire tuer, par lui, par Roderic ou par cette imbécile de sorcière. C'était un sort très effrayant.

    -
    J'aime l'honnêteté. Mais je suis sûr que vous ferez très vite preuve d'imagination, Vallendra...

    Je voyais à peine sa bouche, ses yeux. Les lèvres formaient un sourire si sincère, mais les yeux... les yeux m'effrayaient.

    -
    Et, euh... ce ne serait pas plus simple, si je... je... je le tuais ? balbutiai-je.

    Malgré le peu de lumière, je vis tout de suite que ma question ne lui plaisait pas du tout.

    -
    Ne brûlez pas les étapes, siffla-t-il. Contentez-vous pour l'instant de lui nuire.

    Je me mordis la lèvre, soulagée d'avoir évité la catastrophe.

    -
    A ton service, marmonnai-je.

    Soudain, je le vis bouger son bras. Il me sembla qu'il le rentrait dans son corps, mais sans doute cherchait-il quelque chose dans ses vêtements. Mon intuition fut la bonne car il me tendit... quelque chose. Je le pris dans la main et, le soupesant et le touchant, je constatai qu'il s'agissait d'une bourse. En y regardant de plus près, malgré les ténèbres environnantes, je découvris la somme qu'il m'avait donnée.

    -
    C'est déjà beaucoup pour une seule journée ! chuchotai-je, surprise.

    -
    Ce n'est que le début, m'assura mon client.

    Il se rassit sans un bruit et détourna la tête, me faisant clairement comprendre que j'étais congédiée. Même quand je travaille pour quelqu'un, je déteste qu'on me traite comme un serviteur. Cela dit, avec lui et la fortune qu'il m'avait promise, je pouvais bien faire une exception.

    Alors que je retournai au camp, il m'interpella et je me retournai. A voix basse, il me souffla :

    -
    Soyez inventive, et subtile. Sinon, je donnerai l'argent au fantôme vivant.

    Un long frisson me parcourut le dos, mais je ne relevai pas. J'avais bien compris le message.

    Le reste de ma garde fut calme, et j'allais me coucher après Roderic.




    Le lendemain, nous nous levâmes à l'aube.

    Pour petit déjeuner, nous dûmes nous contenter de fruits. Cela ne plut pas à tous, mais qu'importe, nous n'avions pas le choix. Néanmoins, pour moi, cela ne me gênait pas. J'avais déjà mangé bien pire au petit déjeuner : pain rassis, fromage fort, bouillie d'avoine pleine de grumeaux, ou même rien du tout... ces fruits-là au moins n'étaient pas trop mûrs, et par conséquent excellents. Le seul dont l'avis ressemblait au mien était H.-K. qui jugeait que tant qu'on pouvait les manger, nous n'avions aucune raison de nous plaindre. Après ce petit déjeuner frugal mais suffisant - enfin, pour mon estomac - nous levâmes le camp, montâmes sur nos montures et commençâmes notre avancée.

    Comme la veille, H.-K. se laissait distancer. Il semblait véritablement souffrir. Ne supportant plus la présence de cet horrible prince dont le sang m'horripilait et de ce terrible chat qui se prenait pour le roi du monde, je décidai de le rejoindre. Je compris que son problème était la chaleur et lui conseilla de boire beaucoup.

    -
    Ne t'inquiète pas pour tes gourdes, ajoutai-je. Tu n'as qu'à les remplir en soirée.

    La présence du fantôme vivant était plus apaisante que celle de Roderic. Au moins, lui, je n'avais pas envie de l'étriper toutes les cinq secondes. Sans compter que je pus espionner les alentours sans que personne ne me voit. Mais rien à faire, impossible de distinguer mon client à travers les champs. Il était décidément bien trop fort pour moi.

    Le chemin bifurqua vers la forêt. Je vis le destrier de Roderic, à quelques milliers de mètres devant nous, qui y pénétra. Je menai donc H.-I. - j'avais appris que c'était ainsi que le fantôme vivant l'avait nommé - sur le sentier. L'odeur de la forêt assaillit mes narines, infiniment plus agréable que celle des champs. Je constatai que le fantôme vivant s'était endormi et que Roderic était entré dans une discussion enflammée avec le chat. Visiblement, ils parlaient de quelque chose qui les passionnait tous les deux. C'était le moment de vérifier mes pièces.

    Je sortis la bourse de mon manteau. Je la contemplai avec stupéfaction. Elle était en cuir brillant, de très bonne qualité, et magnifiquement décorée de fils dorés. L'un d'eux formait, je le remarquai, la lettre L. Je fronçai les sourcils. Mon client m'avait toujours appelé Vallendra ; pourquoi utiliser la première lettre de mon prénom ? Oh, bien que je ne le donne jamais à mes employeurs, il était tout à fait capable de l'avoir découvert. Mais c'était à mes yeux bien étrange, d'autant plus que cette lettre L avait été brodée avec une véritable délicatesse. Je frissonnai. En ouvrant la bourse, je découvris à peu près ce que j'attendais. Des pièces d'or de Lilithès. Mais en les comptant bien, je me rendis compte que la somme qu'il m'avait donnée était encore plus importante que ce que j'avais supposé pendant la nuit. C'était incroyable, j'allais devenir riche ! Je vérifiai en vitesse que toutes les pièces étaient des vraies - et c'était le cas - avant de rempocher ma bourse.

    Mais en levant les yeux, mauvaise surprise. Non, ni Roderic ni Bartiméus ne s'était retourné, mais H.-K. venait de se réveiller.

    -
    Qu'est-ce donc ? s'enquit-il d'une voix un peu endormie.

    -
    Oh, les sous que j'ai emmené de Minesdris, répondis-je sans hésiter. Ma dernière solde était plutôt conséquente.

    Sans un mot, il referma les yeux.

    Lorsque nous sortîmes de la forêt, le prince nous attendait.

    -
    Il est bientôt midi, annonça-t-il. Nous allons bifurquer vers l'est, il y a un petit village où l'on nous servira le déjeuner.

    Malin, le prince. Comme cela, ni lui ni le félin n'avaient besoin de cuisiner. Cela dit, je songeai qu'un repas préparé par quelqu'un qui savait vraiment cuisiner serait sans doute meilleur que ce que pouvaient faire ces deux crétins.

    Nous arrivâmes au village une demi-heure plus tard. Complètement perdu au milieu des champs de tomates, de blé et de coton, les habitants qui nous accueillirent furent tous très surpris de nous voir arriver. Leur étonnement atteignit son apogée lorsqu'ils apprirent l'identité de notre "chef" : oui, le prince Rodric d'Anguerans, héritier du royaume de Lilithès, venaient leur rendre visite à eux, pauvres paysans du fin fond de la cambrousse ! Je ne pus m'empêcher de me sentir chez moi pari eux. Le petit peuple... c'était cela, de vraies personnes ! des gens qui vivaient à la dure, qui savaient ce qu'était vraiment la vie, qui se battaient pour survivre. Même si j'envisageais sérieusement de devenir riche, je ne pouvais m'empêcher de me comparer à ces si merveilleuses personnes. J'aperçus quelques enfants en train de jouer, et mon ravissement intérieur en augmenta d'autant plus. C'est mon point faible, il me faut l'avouer : j'adore les enfants. Je ne supporte pas de les tuer ou de les maltraiter. Un jour, je le sais, cela me tuera. Enfin, si ni mon client ni le prince ni la sorcière ne le font avant.

    Nous pénétrâmes dans la minuscule auberge. Étant le seul village à des kilomètres à la ronde, celle-ci était plus fréquentée que ce que je pensais. En effet, presque tous les voyageurs sur la route du Locklade ou d'autres contrées s'y arrêtaient.

    • Hereoff.-Kristian.
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    MessageSujet: Re: Épopée courtoise   Ven 1 Oct - 20:38

    - D'accord, d'accord. Moi, ça me va. Mais demain, ce sont ces deux imbéciles qui iront aux fourneaux.

    - Cretina toi-même ! répondit hargneusement Bartiméus.

    - Oui oui, Lena, fit le prince d'un ton empressé, impatient de trouver un arrangement, nous verrons demain. Mais je vous promets que vous n'aurez pas à cuisiner.

    - Ni moi, ni H.-K. conclut sèchement la jeune femme.

    Moi... aussi ? Mais pourquoi donc ? Cela ne me gêne pas de cuisiner, j'ai simplement besoin que quelqu'un fasse la cuisson, ne pouvant supporter la chaleur. Je m'empressai de le dire :

    - Vous savez, cela ne me gêne point de cuisiner pour notre compagnie. Ne pouvant m'approcher du feu, j'ai simplement...

    Le prince, en acceptant la proposition de Lena, me coupant la parole sans s'en rendre compte. Apparemment, personne n'avait remarqué que je parlais. J'aurais pu en concevoir une certaine colère, mais je m'en fichais complètement. Je désirais simplement me rendre utile, je n'osais même pas prétendre à être aimé. De mes trois compagnons, je sentais que Lena était la plus ''proche'' de moi, sans doute parce qu'elle détestait les deux autres et que les deux autres avaient des aprioris sur moi.
    On nous laissa seuls, la jeune femme est moi. Je sentais la colère en elle, j'avais envie d'y goûter. Je lui proposais alors un pot au feu. Je n'avais pas une culture culinaire très développée, mais je connaissais bien ce plat, Jasmin le cuisinait souvent les lendemain de fête, je ne sais d'ailleurs pas pourquoi. Le visage de Lena s'éclaira : elle trouvait mon idée fabuleuse :

    - Un pot au feu ! s'écria-t-elle, enthousiaste, Mais cela risque d'être long à cuisiner, tu ne crois pas ? Mon père le cuisait pendant des heures.

    - Oh, certes. remarquai-je, mais nous avons tout notre temps, n'est-ce pas ?

    La satisfaction que j'observai dans les yeux de la jeune mercenaire me poussa à penser que mon idée était bonne. Je n'étais pas pour autant soulagé, car, pour être honnête, cette perspective ne m'angoissait même pas. Nous nous mîmes à cuisiner. Nos gestes étaient maladroits, mais nous réussîmes au bout de quelques heures à obtenir quelque chose de mangeable.

    Minuit était passé, le froid était descendu si bien que je me sentais parfaitement à l'aise, alors que le prince et le chat étaient enveloppés dans de grosses couvertures et que Lena tremblait un peu, trop fière pour s'envelopper elle aussi. Ou peut-être n'en avait-elle pas besoin, tout simplement. Je sentis le mécontentement du prince et du chat, mais je n'y portais guère d'attention, comme d'habitude. Lena semblait heureuse mais, si j'avais suivi mon instinct, j'aurais plutôt dit qu'elle réfléchissait à un problème mathématique d'une rare complexité. Peut-être était-ce possible, d'ailleurs, mais je préférais la voir heureuse qu'en pleine réflexion.

    Vint alors l'heure de se coucher. Nous nous repartîmes les tours de garde, je prendrai le dernier : personne ne tenait à repartir dès son lever, ce que je comprenais parfaitement. Mais je songeais que ma journée serait engourdissante, je risquais fort de m'endormir pendant la chevauchée. J'avais confiance en H.-I., bien sûr, et je savais que je ne pourrais lutter contre la chaleur ; cependant, cela me gênait un peu. J'avais l'impression de devenir un animal nocturne. Je sombrai progressivement dans mon paisible sommeil.

    Quelques heures plus tard, Bartiméus le chat me réveilla. Il regardait avec une expression que j'interprétais comme du dédain, me tendit la torche puis alla se coucher en marmonnant quelque chose d'obscur. Je m'assis sur le sol froid et je tentai de répondre à la question que je m'efforçais de me poser tous les matins : comment vais-je ? On m'avait dit que cette question était très difficile pour un être doué de sentiments, puisqu'il ressentait beaucoup de choses et ne savait pas forcément leur donner un nom. Je me heurtais à une difficulté toute autre : je devais trouver quelque chose à dire. J'agissais toujours de la même manière : d'abord, je m'inspectais physiquement. Je recherchais quelque part dans mon corps une sensation étrange que j'aurais pu considérer comme de la douleur. Malgré la chevauchée de la veille, je ne ressentais rien. H.-I. était un bon cheval, et dormir m'avait fait du bien ; en outre, rien n'était pire pour moi que la ''brûlure'' de la chaleur, cela avait dû m'éviter de ressentir quelque chose dans mon corps. Il faisait aussi particulièrement froid, c'était très agréable. J'étais donc, si j'en jugeais par rapport à l'absence de sensation, en pleine forme. Je me concentrais encore pour voir si je ressentais quelque chose pouvant signifier la fatigue, le mal de tête ou la rage de dent, mais il n'y avait rien. Je tendais donc vers la réponse ''Je vais bien''. Je regardais ensuite le ciel. Il n'y avait aucun nuage, un vent tout juste bon à secouer les brins d'herbe, les étoiles étaient bien visibles dans le ciel, si brillantes que mes yeux se remplirent de larmes. Je n'étais pas ému, la luminosité faisait seulement pleurer les yeux. C'était une réaction semblable à celle que j'avais face à la chaleur, mais en beaucoup plus douce. En réfléchissant, je conclus que ce temps pouvait être considéré comme ''beau'', donc je tendais une nouvelle fois vers la réponse ''Je vais bien''. Je terminais par une analyse de la situation, en octroyant à chaque fait un point ''BON'' ou un point ''MAUVAIS''. Le fait d'être en voyage obtenait un point ''BON'', ainsi que la perspective éventuelle de tuer quelqu'un, le fait d'être en quête, le froid, le pot au feu de la veille, l'acquisition de H.-I., la rencontre avec mes compagnons et la sympathie de Lena. En revanche, je donnai un point ''MAUVAIS'' à l'attitude du prince à mon égard, la chaleur de la veille, l'air prétentieux de Bartiméus et l'absence de Valérien. Je tendais donc une nouvelle fois vers la réponse ''Je vais bien''. Je la formulai alors clairement.

    Je vais bien.

    Je ne ressentis aucune satisfaction à penser ceci, mais je me sentais plus humain. Une fois la réponse trouvée, je me levai et allai me poster au bout du camp, à un endroit stratégique puisque je pouvais voir le chemin. Je passais les heures suivantes à observer le sommeil de mes compagnons et le lever du soleil.


    Évidemment, je m'endormis une nouvelle fois sur ma selle. Lena avait pris pitié de moi, à ce que j'avais compris, et avait décidé de me tenir compagnie. Selon elle, je devais boire beaucoup. J'avais pris mes précautions mais malgré tout, la souffrance était présente. Il ne s'agissait pas d'une douleur physique. Il s'agissait de quelque chose que je ne comprenais pas, mes muscles étaient faibles, mes paupières lourdes, je ne bougeais presque plus, j'avais la gorge sèche, je suais à grosses gouttes. Et, à l'intérieur, j'avais l'impression que quelque chose criait qu'il avait mal. J'avais fermé les yeux, je m'étais endormi. H.-I. me mènerait à bon port ; ce n'était qu'un cheval, mais il me comprenait et était assez proche de moi, en fin de compte. Je ne pouvais me perdre parce que Lena, à côté de moi, était bien éveillée. La mercenaire n'était certainement pas gênée par cette banale chaleur.

    Dans mon sommeil, je perçus alors un doux refroidissement de l'air. La fraicheur se faisait plus présente, la chaleur ressemblait à des bulles d'eau dans l'air. J'ouvrai les yeux et vit le sol boueux d'un forêt. Je me sentais mieux, bien que je ne ressentais ni soulagement ni bonheur. La souffrance est passée. Rien à rajouter. J'entendis un bruit métallique et je levai les yeux vers la mercenaire :

    - Qu'est-ce donc ? fis-je doucement.

    - Oh, les sous que j'ai emmené de Minesdris. Ma dernière solde était plutôt conséquente.

    Était-elle honnête ? Aucune importance. Je me laissais balancer jusqu'à ce que Lena arrêta mon cheval. Nous entrâmes dans une auberge bien remplie. Les clients interrompirent leur conversation, tous les regards convergents vers leur prince. Je m'efforçai de décrypter leur réaction. Cela me paraissait insensé qu'ils rêvent tous d'une plage avec des cocotiers – la seule pensée à la chaleur qui devait y régner fit revenir mes sueurs, ou qu'ils aient l'impression de sentir une odeur de pamplemousse – je n'en sentais aucune, pour ma part. Je conclus donc qu'ils étaient étonnés. Bien. Mais pourquoi ? Pourquoi le prince les étonnait-il ? Je ne réussis pas à trouver de réponse satisfaisante et j'abandonnai bien vite ma réflexion.

    L'aubergiste vint à notre rencontre et tint un long discours dont je ne saisis pas la signification de la moitié de ce qu'il disait :

    - Bonjour à vous ! disait-il, et bienvenue dans l'Aurberge de la Cascade Bleue. C'est un honneur de vous recevoir, mon prince. Inclinaison profonde du torse. Si l'on m'avait prévenu de votre arrivée, ah ! J'aurais pu prévoir un repas digne de votre personne ! Mais hélas, je n'ai rien susceptible de combler votre royal palais. Pardonnez votre humble serviteur si mon accueil n'est digne de vous ! Je vais m'activer, me plier en quatre, que dis-je, en dix ! pour vous satisfaire, ô mon prince ! (pourquoi voulait-il donc se couper ? Nous n'allions pas boire son sang, quand même ?) Venez donc, mon prince, installez-vous à ma meilleure table ! La maison va requérir ses serveurs pour votre service ! Il se tut subitement, comme si quelque chose lui avait échappé. Oh. Vous avez des invités ? Je... je ne les avais pas vus. Voulez-vous... voulez-vous que je les installe à une autre table ?

    - Odieux personnage ! s'écria alors Bartiméus, dans tous ses états, ne pas me remarquer, moi, Bartiméus Linkorius Altazard ! C'est oune scandale !

    - Pff, si on écoutait le prince, il nous ferait manger dans l'écurie ! remarqua Lena.

    Bartiméus sembla atteindre des sommets. Je pensais que la perspective de manger dans l'écurie l'effrayait plus que tout. Cela ne m'aurait pas dérangé, j'y aurais retrouvé H.-I. Mais j'avais appris qu'étant fantôme vivant, si je n'avais pas mes propres intérêts à cœur, je me montrerais donc très égoïste envers les autres.

    - Je suis d'accord. me contentai-je de dire.

    L'aubergiste gesticulait de manière nerveuse, me semblait-il. Me rappelant ce que je savais sur les sentimentaux, il venait de faire ce qu'ils appellent communément une ''bourde''. Cela signifiait qu'il avait commis une erreur gênante. Par ailleurs, la réaction du chat et de la mercenaire, je l'avais compris, était négative. Conclusion : il était gêné, il voulait sans doute réparer son erreur. Le prince allait parler. D'après ce que Jasmin m'avait dit, on ne devait jamais empêcher une personne de sang royal, en l'occurrence un prince, de s'exprimer. Mais l'aubergiste ne connaissait pas cette règle, ou l'avait oublié dans la précipitation – du moins, Iphyllis prétendait que c'était possible. Oh, Iphyllis. Il avait oublié de compter son absence comme un point ''MAUVAIS'', mais cela n'aurait rien changé à son constat je-vais-bien.

    - Eh bien, nous vous donnerons une table que nous collerons contre celle du prince, et nous ferons manger, n'ayez crainte. rectifia rapidement l'aurbergiste.

    Cette solution semblait convenir à tous. Bartiméus semblait content que la discussion soit close, Lena paraissait soulagée de ne pas avoir droit à l'écurie et le prince s'en fichait complètement – il avait le même air inexpressif que j'arbore tous les jours. L'aubergiste, tandis que les deux tables se préparaient et qu'il nous y conduisait, nous instruit de l'histoire de son établissement.

    - L'auberge doit son nom à la Cascade Bleue qui coule à un kilomètre de là. À l'époque, les Anciens n'avaient jamais vu d'autre cascade, si bien qu'ils croyaient, tant ce phénomène leur paraissait extraordinaire, que les cascades étaient de toutes les couleurs ! D'où le nom de Cascade Bleue. On attribue à ce site des propriétés surprenantes : la Cascade pourrait guérir les maladies les plus graves, rendre belles les personnes laides ou même obtenir l'amour de celui qu'on aime ! De nombreux voyageurs ayant fait le voyage ont décidé de s'installer là. C'est ainsi qu'est né notre merveilleux petit village ! Mon ancêtre, Alrudo Thephelain, a eu la brillante idée d'ouvrir... une auberge ! Qui l'aurait cru, d'ailleurs, que ce bon vieux bâtiment qui aujourd'hui est une auberge était au départ une auberge ? Cela paraît inconcevable et pourtant, c'est vrai ! L'auberge attire des étrangers de tous les pays, de toutes les origines ! L'auberge, d'ailleurs, se vante de la qualité de son service. L'eau que nous servons en carafe est GRATUITE et pour cause, elle vient de la Rivière Bleue, le cours d'eau qui alimente la Cascade Bleue ! Par ailleurs, nous donnons certaines garanties, comme par exemple que le poulet que nous servons a été nourri avec de la nourriture typique de notre région ! Tout ceci vous garantit une qualité INCOMPARABLE, ce qui fait que notre auberge est la plus fréquentée de la région !

    - C'est normal, coupa Lena, il n'y en a pas d'autres pour faire de la concurrence.

    Cette intervention sembla lui déplaire, mais M. Thephelain se refusait à ne pas satisfaire le prince. Il mit toute son énergie à servir ses plus beaux plats au prince, à satisfaire tous ses caprices, comme de faire déplacer à une table voisine le couple installé à la table juste en face de lui, ou d'ouvrir la fenêtre selon un angle bien précis. Du moins, cela me paraissait être des caprices, puisqu'il n'en avait pas véritablement besoin, au fond. En revanche, mes compagnons et moi furent moins bien servis. Un serveur nonchalant nous apporta le repas. Il fit même tomber ma part par terre tant il était maladroit. Au départ, ils désiraient donner des sardines à Bartiméus et le ''plat du jour'' à Lena et à moi, mais le chat se plaignit tant qu'on consentit à lui donner aussi un ''plat du jour''. Ce plat était constitué d'une minuscule cuisse de poulet et d'un assortiment de légumes locaux. Nous comprîmes que le ''plat du jour'' était le plat le plus bas de gamme proposé par l'auberge. Lena n'y accordait pas trop d'importance, mais Bartiméus fulminait :

    - Quand je serai le maîtré dou monde, je me vengerai ! grogna-t-il.

    Je lui adressais un petit sourire, histoire de l'encourager. Je ne comprenais rien à cette histoire de maître du monde, mais j'avais tant l'habitude de ne rien comprendre que je ne cherchais plus à comprendre. Lena leva les yeux au ciel, mais ne dit rien. Peut-être avait-elle compris, ou peut-être pas.

    Le prince était si repu et si satisfait de son repas qu'il ne voulait plus quitter l'auberge. Il voulait faire un sieste à l'auberge, prendre un nouveau repas, s'endormir, prendre le petit-déjeuner et repartir. L'aubergiste semblait vouloir lui donner raison, il dodelinait la tête, mouvement qui me rappelait celui d'un chien docile. Mais nous trois n'étions pas d'accord. Bartiméus estimait cet endroit ''abominable'', il désirait partir au plus vite. Il était même d'avis de ne pas payer la facture, point sur lequel la mercenaire était totalement d'accord, mais pour des raisons différentes : si Bartiméus trouvait qu'on n'avait pas à payer une qualité aussi minable, Lena était toujours prête pour garder quelques sous de côté. Quant à moi, je trouvais la chaleur dans cette auberge insupportable, cela fit d'ailleurs bien rire le prince. Face aux protestations de son équipe, il essaya bien de nous imposer sa décision :

    - Il suffit ! cria-t-il, c'est moi le prince, et c'est moi qui décide ! Et JE décide de rester, alors NOUS resterons. Me suis-je bien fait comprendre ?

    - Tou es peut-être le prince, mais tou es aveugle ! Cette auberge est oune arnaque. Ce serveur- il désigna l'aubergiste -n'est qu'oune imposteur ! Tou crois quoi ? Que ça loui fait plaisir de te recevoir ? Il ne veut que tes sous ! Arnaqueur ! Même pas capable d'offrir oune service de qualité ! Nous devons partir, et sans payer ! (Bartiméus)

    - Prince peut-être, mais cela suffit ! Certaines de vos décisions sont très mauvaises, comme le fait de m'obliger à cuisiner : vous avez bien vu où on en arrivait ? Alors je veux bien que le prince se la coule douce pendant le repas pendant que nous mangeons du bas de gamme, un prince, ça n'est bon qu'à ça. Mais un prince, m'imposer sa loi ? Nous sommes un groupe, loi du peuple, ça vous dit quelque chose ? Non, bien sûr, les princes, oh, ça gouverne, mais ça ne fait pas parler son peuple. Mais le peuple doit décider, et le peuple veut partir. Et comme nous sommes plus nombreux, nous partirons, même si nous devons vous emmener de force ! (Lena)

    - Hum, je ne crois pas que ça soit une bonne idée. (Moi)

    Finalement, le prince dut céder face à la détermination de ses compagnons. Il ne le faisait pas de bon cœur. Il ne paya que nos parts à l'aubergiste – oh comme c'est gentil de sa part ! ironisa Lena, puis nous partîmes dans la chaleur de l'après-midi. Lena et moi nous laissâmes vite distancer et je sombrais dans le sommeil. Lena, au départ, se mit à m'expliquer pourquoi le prince était un être ignoble, mais je décrochai avant la fin de l'explication et m'endormais. Mon sommeil était aussi vide que d'habitude, ce qui fait que lorsque l'ambiance changea, je le sentis immédiatement et me réveillai.

    Nous étions en fin d'après-midi, il faisait encore un peu chaud, mais c'était beaucoup plus supportable que plus tôt. Mes gouttes de sueur était moins grosses. Mais quelque chose n'était pas normal. Lena guidait H.-I., elle avançait si vite que je m'accrochai contre lui pour ne pas tomber. Je ne suis pas un grand cavalier. Nous rattrapâmes vite les deux autres. Roderic avait tiré son épée et se battait, le chat apportait sa maligne contribution. Lena tira ses propres armes et fonça vers la mêlée. Je restai en arrière.

    Les créatures qui nous attaquaient n'étaient pas humaines, mais elles avaient sans doute des sentiments. Elles étaient petites à la peau verte, elles avaient des yeux sombres et de grands crocs cariés. Elles n'avait pas une forte corpulence, mais elles maniaient d'une main sûre leur petit gourdin. Apparemment, elles paraissaient faciles à tuer, puisqu'un grand nombre de cadavres s'étalait sur le sol et que personne n'était blessé. Bientôt, ils seraient tous morts.

    Et moi ? Je serrais instinctivement la dague que je tenais cachée. Allais-je pouvoir tuer ?


    • Chaussette
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    Épopée courtoise

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